Selon les révélations du quotidien koweïtien « Al Seyassah », « depuis la signature de l’arrangement entre le Hezbollah et le général Aoun, en février 2006, le parti chiite tente avec succès d’infiltrer le Courant Patriotique Libre (CPL) ». Le contrôle politique, médiatique et organique du Hezbollah sur son « allié contre-nature » se renforce grâce aux deux députés chiites, Abbas Hachem et Hassan Yaacoub, membres du bloc parlementaire du général Aoun, qui rendent compte au Hezbollah de tous les débats au sein du CPL et de toutes les décisions que le général Aoun prend. « Si les intrus chiites s’occupent de l’infiltration politique, plusieurs responsables du CPL se chargent de l’infiltration médiatique », ajoute le quotidien. Selon lui, il s’agit notamment de Simon Abiramia, de Jean Aziz et Tony Nasrallah, ainsi que de Carlos Abou Jaoudé, qui ont cédé devant la générosité du Hezbollah et se sont emparés de la télévision du CPL, “Orange-TV”. Cette dernière a été largement financée par l’Iran et le Hezbollah et serait exploitée pour faciliter le blanchiment d’argent. Quant à l’infiltration organique du CPL, elle serait confiée, toujours selon « Al Seyassah », à quelques « arrivistes » parmi lesquels on retrouve le même Simon Abiramia, Ziyad Abess et Liwaa Chakour. Le plan de ces derniers vise à modifier l’organigramme du CPL en propulsant aux commandes des cadres susceptibles de succomber à l’argent et au pouvoir, en leur versant d’importantes sommes d’argent propre provenant d’Iran, et en les préparant à la relève pour succéder au général Aoun, déjà septuagénaire.
Parallèlement, ajoute le quotidien, « les services secrets du Hezbollah exploitent les divergences et les susceptibilités engendrées par les multiples ambitions au sein du CPL pour mieux l’infiltrer et influencer ses décisions. Pour accélérer la mainmise sur le Courant Patriotique Libre, le trio Abiramia-Nasrallah-Chakour a formé un comité de réorganisation pour évincer le gendre du général Aoun, Gebran Bassil, qui attend son heure à la faveur de l’héritage. Ainsi, le CPL est aujourd’hui menacé par l’opportunisme politique et financier du trio, d’un côté, et par le clanisme familial que représentent Gebran Bassil et Alain Aoun, le neveu du Général, d’un autre. Or, ce clan mené par Bassil et qui comprend Fayez Karam et Pierre Raffoul, est influencé par Sleiman Frangieh, un proche de la Syrie (…). A ces derniers vient s’ajouter l’avocat Ibrahim Kanaan, dont l’épouse est une parente à Frangieh, et qui tente d’exploiter ses réseaux pour se frayer un chemin vers la présidence de la République. Cette question aurait été examinée à Londres par Kanaan, et des officiels syriens rencontrés récemment.
Sans doute, le plus dangereux dans les révélations du quotidien koweïtien, c’est qu’il accuse « le Hezbollah d’exploiter Simon Abiramia et son épouse, française et membre de l’UMP, pour améliorer l’image du parti chiite en France et en Europe ». Pour ce faire, Abiramia aurait eu plusieurs réunions avec des responsables du Hezbollah, dont Ghaleb Abou Zeinab, Mahmoud Kemati, et Nawwaf Al Moussaoui, ce dernier étant le responsable des relations extérieures du Hezbollah, toujours selon le journal koweïtien, qui ne fournit cependant pas les preuves de ce qu’il avance. Il ajoute que les responsables du Hezbollah ont chargé Abiramia et Ziyad Abess de tout mettre en œuvre pour obtenir la réhabilitation du parti chiite en France et aux Etats-Unis, et pour qu’il soit enfin reconnu en tant que « mouvement de résistance », et non plus en tant qu’« organisation terroriste ». Abiramia se serait engagé à servir le Hezbollah et à être l’interlocuteur entre le parti et le pouvoir français, mais également à exploiter l’association franco-libanaise « Rassemblement pour le Liban » dirigée par Elie Haddad. Selon le journal, « Abiramia fait miroiter au Hezbollah ses relations intimes avec l’Elysée et notamment avec le porte-parole du président Sarkozy, David Martinon, un ami de Fabienne Blineau Abiramia, son épouse ».
Ainsi, le Hezbollah tente de mettre la main sur la décision politique chrétienne à travers le contrôle du CPL. Mais parallèlement, il « achète » l’allégeance de certains sunnites, notamment à Tripoli. En effet, selon « Al Seyassah », « l’Iran a alloué un budget de 30 millions de dollars à cette fin. D’ores et déjà, cheïkh Daï Al-Islam Al-Chahhal, président d’une association islamique tripolitaine, aurait reçu 6 millions de dollars pour dénoncer la politique de Hariri. En achetant Chahhal, traditionnellement proche de l’Arabie saoudite et des wahhabites, et après avoir infiltré les chrétiens du CPL, le Hezbollah compte légitimer son armement et éviter son isolement ».
Traduction et synthèse Randa al-Fayçal