L’analyse de Dario S. (Rome)

Egypte : le président Mohamed Morsi mène un coup d’Etat en douceur contre l’armée.

Il vient de remplacer le ministre de la défense et le chef d’état-major de l’armée

dimanche 12 août 2012 - 17h38, par Dario S. (Rome)

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La présidence de la République égyptienne vient de confirmer le remplacement du maréchal Mohamed Hussein Tantawi au ministère de la Défense, et le général Sami Anan à la tête de l’état-major de l’armée égyptienne. Selon plusieurs sources, il s’agit d’un coup d’Etat mené en douceur par le président Mohamed Morsi contre les militaires, pourtant confirmés à leur poste dans le dernier gouvernement Qandil.

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Le président Morsi a ainsi signé un décret mettant à la retraite le maréchal Tantatwi et le général Anan, remplacés respectivement par Saïd Al-Sissi, nouveau ministre de la Défense et commandant en chef des forces armées, et Sedki Sobhi Sayyed Ahmed nouveau chef d’état-major. Sans doute pour la forme, le maréchal Tantawi, confirmé pourtant au ministère de la Défense il y a moins de deux semaines, a été nommé conseiller à la présidence, alors que Mahmoud Mohamed Makki a été nommé vice-président de la République.

Ces changements interviennent alors que les forces armées égyptiennes sont engagées dans des opérations de grande envergure contre des terroristes armés, dans le Sinaï. Ces islamistes, liés à des groupes radicaux palestiniens, avaient mené une attaque, dimanche dernier, contre l’armée égyptienne, tuant une quinzaine de soldats, avant de pénétrer en Israël pour commettre des attentats d’envergure.

Au lendemain de ces attaques meurtrières près de Rafah et à Al-Arich, Le président Morsi et le maréchal Tantawi avaient pourtant affiché une solidarité exemplaire et une détermination sans faille pour éradiquer le terrorisme. Mais quelques jours plus tard, des sources médiatiques influencées par les Frères musulmans, le parti islamiste dont est issu le président Morsi, avaient accusé l’armée égyptienne de vouloir profiter de la situation dans le Sinaï pour fragiliser le président élu, et consolider le statut des militaires au sein du nouveau pouvoir. Certains commentateurs proches de la mouvance islamistes avaient même soupçonné les militaires issus de l’ancien régime de Hosni Moubarak d’avoir fomenté l’attaque de Rafah.

Dès lors, le limogeage à peine voilé de Mohamed Hussein Tantawi et de Sami Anan, une semaine après l’attaque terroriste, sonne davantage comme un coup d’Etat mené par Morsi contre l’armée, au moment où celle-ci reprend la situation en main au Sinaï. En Egypte, certains s’interrogent, non sans inquiétude, sur la nature de la réaction de l’armée et de son commandement face à cette situation. Les militaires se laisseraient-ils décapiter aussi facilement, après avoir permis à Morsi de l’emporter contre le général Ahmed Chafiq, qui aurait pourtant obtenu la majorité des voix ?

Le plus inquiétant est que les changements apportés par Morsi au ministère de la Défense et à la tête des forces armées se sont accompagnés de l’abrogation, pure et simple, de la déclaration constitutionnelle complémentaire que le Conseil suprême des forces armées (CSFA) avait décrétée à la veille du deuxième tour des présidentielles afin de sauvegarder ses prérogatives. Cette abrogation vise, sans nul doute, à permettre au président Morsi de reprendre le pouvoir et de se libérer de l’emprise du CSFA. Les Égyptiens retiennent leur souffle et attendent avec inquiétude la réaction des militaires.

Dario S.