Le point de vue de Dario S. (Rome)

Une vidéo qui résume tout. Son crime est d’avoir réclamé la liberté. Son regret est d’être né en Syrie. Mais son rêve est d’en finir avec la dictature

C’est un exemple parmi des centaines de milliers d’autres, répartis dans les centres de torture

mercredi 4 juillet 2012 - 23h35, par Dario S. (Rome)

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Une vidéo particulièrement violente, tournée dans l’un des 27 centres de tortures identifiés et dénoncés par Amnesty International dans son rapport publié le 3 juillet, a été diffusée ce mercredi pour illustrer le constat de l’ONG. La fuite organisée de cette vidéo semble avoir été organisée par le régime pour se servir du jeune torturé afin de terroriser la population. Mais c’est le contraire qui se produit.

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Le 24 janvier 2011, soit près de deux mois avant le déclenchement de la révolte à Deraa, « Mediarabe.info » avait diffusé une scène de torture dans une prison syrienne pour illustrer la torture et mettre en garde l’opinion publique internationale contre les pratiques de la dictature de Bachar Al-Assad, banalisées depuis l’arrivée au Baas au pouvoir en 1963.

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En janvier 2011, nous avions évoqué la torture, une monnaie courante en Syrie. Sous la pression médiatique, Bernard Accoyer a dû annuler sa visite officielle à Damas

Aujourd’hui, cette autre vidéo (voir plus bas), bien plus violente, diffusée par la télévision « Al Arabiya », illustre parfaitement ces pratiques, dénoncées par le dernier rapport d’Amnesty international. La fuite de cet enregistrement supporte plusieurs interprétations : ou bien la fuite est l’œuvre d’un tortionnaire qui sent la fin du régime s’approcher à grand pas et qui cherche à se protéger en coopérant avec l’opposition et en dénonçant ses collègues et son hiérarchie ; ou bien, la fuite est organisée par le régime pour terroriser le peuple qui a osé réclamer sa liberté.

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La vidéo diffusée par « Al Arabiya », le 4 juillet 2012 : le prix exorbitant de la liberté !!

La victime de la torture, objet de cette vidéo, n’est qu’un exemple parmi les dizaines de milliers de Syriens arrêtés arbitrairement depuis mars 2011, et qui sont venus s’ajouter aux milliers de Palestiniens, de Libanais et d’autres Syriens qui croulent dans les geôles du régime depuis les années 1970.

L’homme de cette vidéo résume parfaitement la situation : il est puni pour avoir réclamé la liberté ; il paye pour avoir osé s’opposer à Bachar Al-Assad ; enfin, il sert d’exemple vivant - ou plutôt agonisant - pour dissuader la population et l’obliger à aimer, adorer voire vénérer le dictateur. Mais paradoxalement, ses souffrances et ses lésions ne font que renforcer la conviction des Syriens du nécessaire renversement de la dictature, et son sang écrit l’avenir du pays...

La généralisation de cette torture, jadis pratiquée dans l’ensemble de l’ex-bloc soviétique et très probablement partagée, aujourd’hui, par les derniers héritiers de l’ex-URSS, Corée du Nord comprise - ne fait qu’enfoncer le régime de Bachar Al-Assad et embarrasser ses soutiens. Le rapport d’Amnesty International doit être à cet égard déterminant pour saisir la Cour pénale internationale et instruire le procès du régime pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Loin de terroriser les Syriens, la torture, la répression, la politique de terre brûlée - de vastes forêts sont incendiées pour empêcher les insurgés de s’y cacher et les réfugiés de les emprunter en direction de la Turquie - et les bombardements en tous genres, y compris l’usage de gaz toxique, ne font que renforcer la détermination du peuple à en finir avec son geôlier. Avec beaucoup d’ironie, certaines syriennes refusent d’assister aux obsèques des leurs, affirmant ne pas avoir du temps à perdre. Elles tressent des cordes pour pendre Assad, sa clique et son clan.

Pourtant, le sort du « Tueur en Syrie » n’est pas encore scellé. Les plus « radicaux », qui rêvent d’une justice expéditive, lui préconisent une fin à la Kadhafi. Les plus « sages », qui aspirent à une justice impartiale, lui prévoient une fin à la Saddam Hussein. Les plus « réalistes » sont favorables à une fin à la Moubarak. Mais sans conteste, les plus nombreux le qualifient de lâche et l’imaginent en fuite comme Ben Ali. Car, jusque-là, il refuse la meilleure solution inspirée du cas du yéménite Abdallah Saleh. En attendant l’une ou l’autre issue, Assad poursuit le bain de sang.

Dario S.