Des commandos russes protègent Assad ?

La Syrie vit la journée la plus violente : plus de cent morts ce lundi

Les insurgés multiplient les opérations qualitatives : le fils du général Ali Younès blessé

lundi 11 juin 2012 - 22h44, par Dario S. (Rome)

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L’ampleur des défections des dernières heures, notamment dans la région de Homs, et le renforcement de l’Armée Syrienne Libre, expliquent l’inquiétude de Bachar Al-Assad et de son entourage, d’une part, et justifient d’autre part la violence inouïe avec laquelle les forces du régime pilonnent les régions résidentielles, incendient les maisons, les forêts et les moissons. L’armée de l’air est désormais mise à contribution, ainsi que près de 3.000 commandos des forces spéciales russes qui assurent la sécurité de Bachar Al-Assad.

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Selon plusieurs experts stratégiques, comme le libanais Nizar Abdelkader, « la multiplication des défections, comme celle d’une unité de missiles sol-air à Al-Ghantoo (au nord de Homs), qui a rejoint l’Armée Syrienne Libre (ASL), et la destruction, ces derniers jours, de plusieurs chars T-62 et T-72, dans au nord d’Alep, ainsi que les pertes infligées aux miliciens et à l’armée loyale, font trembler le régime ».

Cette évolution irréversible explique la violence avec laquelle Bachar Al-Assad riposte en pratiquant la politique de terre brûlée. Un terme qui prend toute sa valeur à la vue des incendies qui ravagent les villages sunnites de la montagne alaouite de Lattaquié (dans le cadre de la purification et de l’épuration confessionnelle), qui réduisent en cendre les forêts proches de la Turquie (pour empêcher la population de s’enfuir), et qui brûlent les champs et détruisent les moissons...

De fait, pour les experts, la folie meurtrière du régime, qui a lancé l’aviation dans la bataille, est une réaction naturelle qui confirme le début de la fin de Bachar Al-Assad. Les pilonnages par l’artillerie lourde et l’aviation interviennent après la défection d’une unité entière de la défense anti-aérienne à Al-Ghantoo, et son ralliement, avec armes et bagages, à l’ASL. L’aviation vise ainsi à neutraliser cette unité et à détruire ses installations. La réaction du régime intervient également après que les insurgés aient réussi plusieurs « opérations qualitatives » y compris à Damas, au cœur du dispositif sécuritaire de la dictature. Ce lundi, le bilan provisoire disponible fait état d’au moins 101 morts, essentiellement à Homs, Haffeh, Idleb, Hama, Deir Ez-Zor (où une voiture piégée a explosé ce soir faisant 19 morts et une quarantaine de blessés), et Souweyda.

Alors que le régime tremble, l’ASL prend de l’assurance et assène les coups qualitatifs contre le régime. Ce soir, des sources syriennes bien informées affirment en effet qu’« une opération a visé des proches du général Ali Younès, N°2 des renseignements militaires. Son chauffeur a été tué et son neveu blessé. Son fils, qui est a été principalement visé, serait gravement atteint. Il a été évacué à l’hôpital militaire Tichrine et mis sous haute protection ».

L’étau qui se resserre autour du régime. Le site « Middle East Transparent » affirme, ce lundi, que « le dictateur redoute que des officiers alaouites ne se retournent contre lui pour sauver ce qui peut l’être, alors que des dignitaires et des intellectuels alaouites prennent leur distance avec le régime ». La même source, généralement bien informée, ajoute que « la Russie a récemment envoyé plus de 3.000 commandos de forces spéciales pour protéger Assad. Une importante partie de ces forces est arrivée par avions, le reste a été envoyé à bord de la flotte russe vers la base de Tartous, pour convoyer le matériel et les équipements ». Parmi ces équipements figurent deux stations d’écoute, qui s’ajoutent à la station gérée par les Iraniens. Ce qui tend à confirmer les informations du site « Elaph.com », qui croyait savoir, dimanche, que plusieurs pays arabes examinent une possible rupture diplomatique avec Moscou pour protester contre son soutien à Assad.

La crise syrienne, déclenchée par la maladresse des responsables de la sécurité à Deraa, en mars 2011, s’est poursuivie en raison du déni de réalité de Bachar Al-Assad et de son traitement sécuritaire, et évolue aujourd’hui vers l’internationalisation, avec l’implication de plus en plus flagrante de la Russie et de l’Iran, aux côtés du régime. Mais pour les Syriens, la fin d’Assad est imminente. Les plus engagés évoquent « une fin à la Saddam Hussein et à la Moammar Kadhafi », exécutés avec ou sans procès. Les plus cléments lui accorderaient « un sort à la Hosni Moubarak », jugé et condamné. Mais la majorité pense que « sa lâcheté le sauvera à la Zinelabidine Ben Ali », qui s’est enfui.

Dario S.