Selon le dernier bilan fourni par les Comités de coordination de la révolte syrienne et diffusé ce soir par la télévision « Al Arabiya », la répression et les bombardements qui se poursuivent notamment dans la province de Homs (Al-Qusayr et Al-Khaldiya) ont fait, ce vendredi, 55 morts. Ce bilan provisoire ne comprend pas les victimes des massacres collectifs recensés à travers le pays, et plus particulièrement dans l’Ouest et le Nord-Ouest du pays.
Ces massacres à grande échelle confirment, selon l’opposition, « une épuration confessionnelle méthodique destinée à préparer les contours du futur Etat alaouite » vers lequel Assad, sa famille et son clan se replieraient après leur chute à Damas, une chute qui serait « inéluctablement proche ». (Lire ici notre analyse concernant l’épuration confessionnelle, du 09 février 2012).
Pourtant, des sources médiatiques américaines ont annoncé, ce vendredi, que « Bachar Al-Assad pourrait s’exiler en Russie et en Iran ». Les mêmes sources ajoutent qu’« il a déjà transféré près de 6 milliards de dollars vers les banques russes (argent du Trésor syrien) ». L’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, n’écarte pas une solution à la Yéménite qui consisterait à transférer le pouvoir et à accorder à Assad l’exil et l’immunité. Mais il n’est pas certain que les proches des 15.000 victimes d’Assad et des 120.000 détenus en particulier, et la majorité des syriens en général, acceptent d’accorder le pardon au « Tueur en Syrie » et de le laisser s’exiler à l’étranger avec une fortune amassée grâce à la corruption et au pillage, au détriment du peuple. Il n’est pas certain non plus que la majorité sunnite accepte que le pays soit amputé de sa façade maritime. Ils réitèrent leur détermination à juger les responsables de la tuerie en cours.
Quelle que soit la solution retenue (exil ou Etat alaouite), l’Iran est inquiet de la perspective de perdre son dernier allié dans la région. Pour compenser cette perte, Téhéran cherche à conforter le Hezbollah au Liban. Le site « Youkal.net » affirme, ce 8 juin, que « le Hezbollah a reçu des renforts iraniens (Gardiens de la Révolution) et des instructions pour devancer la chute d’Assad et étendre son contrôle sur l’ensemble du Liban ». Pour préparer son dispositif, le Hezbollah a infiltré, depuis 2006, les régions sunnites grâce aux groupes proches de Damas qu’il arme et finance (comme notamment à Tripoli), et les régions chrétiennes grâce à son allié Michel Aoun. Il a accéléré les acquisitions de terrains dans les zones stratégiques reliant ses principaux fiefs afin d’assurer une continuité territoriale entre le Sud, Beyrouth, la Bekaa et le sud-est du pays. Il a également occupé la montagne libanaise qui domine la Méditerranée pour, officiellement, empêcher toute opération israélienne héliportée.
Sur le plan tactique, ce déploiement pourrait lui permettre d’occuper le Liban pour un certain temps, mais il ne pourra pas maintenir son occupation durablement. D’autant plus que l’assassinat de Samir Geagea, qui ferait partie de ce dispositif, a échoué. Car, faut-il le rappeler, Geagea demeure l’unique obstacle à la mainmise syro-iranienne sur le Liban, et ses convictions lui ont valu indûment plus de 11 ans de prison ! Et sur le plan stratégique, quelle sera la réaction des pays arabes et de la communauté internationale face à un tel coup d’Etat ? Le Liban dirigé par le Hezbollah et l’Etat alaouite seront-ils admis aux Nations unies et à la Ligue arabe ? L’Iran pourra-t-il les financer indéfiniment, alors que les sanctions internationales l’asphyxient à feu doux ?
Décidément, après avoir occupé et pillé le Liban pendant son règne, Assad cherche à le détruire après sa chute. Mais ce sera sans doute la dernière fois.
Stefano B.C.

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