Bachar al-Assad se veut serein. Il refuse de réformer dans la précipitation, pour éviter les faux pas. Il a choisi l’ophtalmologie pour la précision du métier et parce qu’il a horreur du sang. Dès son arrivée au pouvoir, en juin 2000, il a toléré la création de « forums de la société civile ». Une ouverture politique qui s’est refermée moins d’un an après, mais qui lui a permis de « laisser les opposants et les réformistes se monter pour mieux les compter ». Ils ont tous été arrêtés et le mouvement, baptisé le « Printemps de Damas », a été décapité.
Mais depuis, Assad, surnommé « Tueur en Syrie », a souvent renouvelé ses promesses de réformes, systématiquement reportées. En 2003, il a prétexté la menace américaine venue d’Irak. En 2005, les pressions occidentales exercées sur son pays au Liban. Il a fallu une année de révolte pour finir par « tailler une réforme sur mesure » : ce fut une Constitution imposée sans débat, adoptée par un référendum boycotté par la majorité des Syriens ; des élections législatives truquées ; un parlement aux ordres... Pour s’en assurer, il suffit d’observer le comportement des députés, lors de l’ouverture de la session de la nouvelle Assemblée, dimanche dernier. Dans son exposé de la situation, Assad les a invités à « se dresser un instant devant le tableau pour mieux comprendre les enjeux et les complots... ». Immédiatement, les élus se sont levés comme un seul homme !! Assad leur a alors signifié qu’il utilisait une expression imagée... Un événement qui dit long sur l’indépendance du pouvoir législative vis-à-vis de l’Exécutif.
Après avoir verrouillé la Constitution et « nommé » une Assemblée docile, Assad a poursuivi et accéléré ses réformes. Il a ainsi remplacé le premier ministre Adel Safar, un Baathiste de la première heure, par Riad Hijab, un autre Baathiste pur et dur. Hijab, ministre de l’Agriculture dans le gouvernement démissionnaire, avait occupé des postes de responsabilités au sein du parti au pouvoir (responsable du Baath à Deir Ezzor) et dans la haute administration (gouverneur de Quneitra et de Lattaquié).
Pourtant, Assad avait promis que le futur gouvernement allait respecter le nouveau paysage politique issu de l’ouverture, de la réforme constitutionnelle et des législatives. L’Exécutif devait aussi, promettait-on à Damas, refléter les équilibres du Parlement, lui-même étant le reflet de la société. Assad a laissé ainsi planer le doute sur la possible désignation d’un Premier ministre indépendant, ou issu de l’opposition, fut-elle domestiquée ! Peine perdue. Assad a reconduit le Baath aux affaires, sans doute a-t-il voulu respecter la formule : on ne change pas une équipe qui gagne !!
Outre les condamnations internationales de la mascarade nommée Hijab, le non-événement confirme, pour les Syriens, la justesse de leur révolution. Ils sont de plus en plus conscients qu’Assad n’entend rien céder. Bien au contraire, il qualifie ses opposants de traîtres qui mérite la mort, que l’armée encore fidèle et les miliciens du même Baath dont est issu le Premier ministre exécutent en bonne et due forme. Ce mercredi, le bilan est de plus de 200 morts notamment à Al-Haffah (Lattaquié) et Al-Qbeir (Hama), où les comités de coordination de la révolte ont recensé 78 morts dont 40 enfants et femmes. L’aviation poursuit également ses pilonnages de Kafar Zita et Idleb, ainsi que les localités de Deraa.
Pour les Syriens révoltés, les réformes de Bachar Al-Assad ne sont qu’une anecdote, mais une anecdote au goût de sang qui n’entame en rien leur détermination à en finir avec ce régime. Cette nuit, les manifestations sont de plus en plus nombreuses à travers le pays, pour dénoncer la poursuite du massacre, et les combats entre l’armée régulière et l’Armée Syrienne Libre (ASL) se rapprochent du cœur du dispositif du régime, à Damas. Plusieurs violents accrochages sont signalés à Al-Qazaz et Hajar Aswad, dans la capitale.
Les réformes se résument ainsi à une permutation des personnes issues du Baath aux postes ministériels, et au recyclage des députés sans grandes conséquences. D’autant plus que le Conseil des ministres et le Parlement n’ont aucun rôle exécutif ou législatif. C’est le président, son clan et le commandement militaire qui dirigent le pays. De plus en plus d’observateurs admettent qu’en Syrie, la montagne a encore accouché d’une souris.
Dario S.

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