Le point de vue de Dario S. (Rome)

Présidentielles françaises : la Syrie mène campagne contre Nicolas Sarkozy, qui fait face à une coalition étrangère

Un sursaut des Français est encore possible

mardi 1er mai 2012 - 11h45, par Dario S. (Rome)

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La lecture de la presse arabe, et plus particulièrement syrienne, laisse penser que le régime de Bachar Al-Assad met tout en œuvre pour défaire le président sortant. Ce faisant, Damas espère se retrouver face à un président sans envergure. Les journaux algériens se réjouissent également que l’Algérie soit imposée comme le « bastion de François Hollande », où il a obtenu le meilleur score à l’étranger. Deux lectures susceptibles de mobiliser les électeurs autour de Nicolas Sarkozy pour inverser la tendance.

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Depuis le 20 avril, soit deux jours avant le premier tour des élections présidentielles françaises, le quotidien syrien « Al Watan », propriété de Rami Makhlouf, le cousin et l’argentier de Bachar Al-Assad, a accéléré sa campagne hostile à Nicolas Sarkozy, faisant de sa défaite une « affaire primordiale ». Cette campagne avait débuté à un rythme moins soutenu en janvier dernier, à travers plusieurs sites de propagande liés au régime syrien. Ceux-ci avaient multiplié les mensonges, affirmant la capture de 120 agents des services français à Zabadani, « des agents de la DGSE qui auraient été dépêchés en Syrie pour encadrer les terroristes », selon Damas. A travers ses canaux habituels, le régime avait également accusé le journaliste Gilles Jacquier, abattu à Homs le 11 janvier dernier, d’être « un agent infiltré sous sa couverture de journaliste ».

La campagne syrienne contre Nicolas Sarkozy s’est poursuivie pendant le siège et la bataille de Baba Amro à Homs. Durant près d’un mois, les médias syriens ont affirmé que « le nombre des agents Français capturés en Syrie a dépassé 180 militaires, dont des officiers », refusant d’en avancer la moindre preuve, officiellement « pour ne pas perturber la campagne électorale ». Autrement dit, Assad cherchait à exploiter ce mensonge pour engager des négociations avec Sarkozy et de prolonger le permis de tuer. Constatant le refus français de tomber dans son piège, Assad a littéralement sorti l’artillerie lourde contre Sarkozy.

Les sites syriens, mais également les médias proches du Hezbollah libanais, se sont réjouis du succès des Services syriens à récupérer les archives du colonel Kadhafi à travers l’Irakien Mechaan Al-Jabbouri, propriétaire de la télévision « Al-Raï » qui, depuis ses studios installés à Damas, diffusait les messages de Kadhafi durant sa fuite, et appelait à la résistance contre les révolutionnaires du CNT libyen. « Al-Raï » relayait les menaces proférées par Tripoli à l’encontre des pays occidentaux, membres de la coalition, et plus spécifiquement la France. Damas affirmait détenir plusieurs valises contenant des documents compromettants, et menaçait de dévoiler des vidéos et des enregistrements montrant « les escapades sexuelles et les complots organisés par les dirigeants du Golfe », obtenus par Kadhafi. Pourtant, les nouvelles autorités libyennes affirment que l’ancien régime n’a pas eu le temps de transférer ses archives en raison notamment du blocus maritime et aérien qui a précédé la chute de Tripoli.

Dans son édition du 22 avril, soit le jour du premier tour, le quotidien syrien « Al Watan » a tenté une nouvelle incursion dans la campagne française en accusant Nicolas Sarkozy d’exploiter les thèmes du terrorisme et de l’extrémisme islamiste pour séduire l’électorat de l’extrême droite. Mais en conclusion, le quotidien a prévenu que « des surprises attendent Sarkozy entre les deux tours. Des surprises qui traverseront la Méditerranée et qui ruineront ses chances ». Moins d’une semaine après, un site français publiait ce qu’il affirme être un document officiel libyen attestant de la disposition de Kadhafi à financer la campagne de Sarkozy en 2007. Mais Moussa Koussa, l’auteur présumé de ce document, a catégoriquement démenti l’existence d’un tel document et d’un tel accord, étayant le démenti de Sarkozy et justifiant la plainte que le président candidat compte déposer contre le site en question. Selon une source diplomatique arabe à Rome, « ce document pourrait provenir des services syriens, qui disposent toujours de relais médiatiques en Occident, mais aussi de nombreux agents, comme en atteste l’agression qui a visé l’Algérien Anwar Malek, l’observateur arabe qui a démissionné avec fracas pour dénoncer la violence du régime ». Il a été attaqué à Toulouse par des partisans du régime syrien.

La lecture de la presse algérienne permet de mesurer la préférence algérienne pour le candidat socialiste François Hollande. Le quotidien algérien « L’Expression », proche de la présidence algérienne, a estimé dans son édition du 29 avril que « l’Algérie est le bastion de François Hollande » et que « l’Afrique est prête à lui ouvrir la porte », se réjouissant des résultats. La presse algérienne arabophone, comme notamment « Echorouk », avait mené une campagne méthodique contre Sarkozy... Aujourd’hui, ils accordent une large couverture à la visite d’une délégation socialiste à Alger, d’autant plus que celle-ci comprend la vice-présidente du Sénat français Bariza Khiari, née en Algérie, ce qui en fait une fierté algérienne au même titre de la destruction d’un passeport français, dans une mosquée algéroise, par un français d’origine algérienne, en réponse à la mort de Mohamed Merah... Ce comportement rappelle les propos de l’ancien ministre Azouz Begag sur « l’indispensable implication des français d’origine algérienne dans la politique afin de servir leur pays d’origine ».

Or, les réjouissances syriennes et algériennes de la perspective d’une défaite de Nicolas Sarkozy risquent de produire un effet inverse. Car, en se coalisant contre le président-candidat, la Syrie et l’Algérie espèrent se débarrasser d’un interlocuteur d’envergure internationale et qualifié d’intraitable (comme l’ont prouvé ses interventions en Libye et en Côte d’Ivoire, et ses positions dans le dossier syrien), au profit d’un « président de compromis ». Rappelons qu’au début de son mandat, les mêmes adversaires étrangers de Sarkozy s’étaient réjouis de sa politique de rupture par rapport à son prédécesseur Jacques Chirac, notamment par rapport à la Syrie et à la Libye. Le rapprochement spectaculaire de Sarkozy avec Kadhafi et Assad lui avaient valu les critiques les plus acerbes en France, et les applaudissements les plus chaleureux à Tripoli et Damas.

Ces arguments suffisent-ils à mobiliser les électeurs français derrière le président sortant ? De plus en plus d’observateurs le croient, mais estiment qu’il ne s’agit pas spécialement d’une adhésion à la politique de Sarkozy, mais davantage du refus d’une France au rabais. Plus que quatre jours pour connaître la réaction de la majorité des électeurs !

Cliquez ici pour lire ou relire notre point de vue du 21 février 2012 : La campagne préventive de Bachar Al-Assad contre Nicolas Sarkozy !

Dario S.