Selon la célèbre fable, un Prince possédait un âne et voulait lui apprendre à jouer du piano. Les nombreux professeurs de musique, alléchés par le salaire alloué à cette mission, ont échoué. Le Prince les a tout simplement guillotinés. Un vieil homme s’est présenté au Palais et a proposé ses services, avec garantie de résultat, exigeant simplement un délai de 14 ans pour réussir sa mission. Inquiets, les proches du maître de musique improvisé ont tenté de le dissuader, affirmant premièrement qu’il n’est pas du métier, estimant ensuite que l’âne n’apprendra jamais à jouer du piano, et craignant enfin qu’il retrouve le même sort que ses prédécesseurs, le Prince étant sans pitié. Mais le maître les rassurait en soulignant que dans 14 ans, le Prince aura oublié, l’âne sera mort, ou le piano sera cassé.
Bachar Al-Assad reproduit cette fable, mais pas spécialement dans le même ordre. Le « Prince Assad » est sans pitié. Il veut que son peuple l’aime, et ceux qui lui manifestent leur hostilité sont tués (plus de 10.000) ou arrêtés et torturés (plus de 120.000). A travers ses tergiversations avec la Ligue arabe et l’ONU, il tente de gagner du temps. Il accepte le principe des médiations, avant de bloquer leur application. Il s’accorde 14 ans de présidence à partir de la fin de son mandat actuel, grâce à une constitution taillée sur mesure (NDLR : sans doute inspiré de la fable) en espérant que d’ici là, le peuple aura appris à l’aimer, ou aura été décimé.
Cette vieille fable a été racontée par un responsable libanais qui a comparé le comportement de Bachar Al-Assad à celui de son père dans les années 1980 et 1990 au Liban. « Pendant la guerre puis l’occupation du pays du Cèdre, la Syrie trouvait toujours une excuse pour rejeter les plans de paix, les cessez-le-feu ou l’application des accords de Taëf... », ajoute notre interlocuteur, l’un des négociateurs de l’époque. Pour lui, « ce comportement manœuvrier a été transféré à Bachar Al-Assad par son père. Hafez lui a légué non seulement le pouvoir, la République et le peuple, réduit à des sujets, mais aussi les accessoires qui lui permettent de continuer à disposer de cet héritage, dont le mensonge, le terrorisme et les multiples services de sécurité ».
Aujourd’hui, Bachar Al-Assad se montre digne de cet héritage. Il a conjugué tous les accessoires hérités, et d’autres inventés, pour mettre en échec la mission des observateurs arabes, après avoir accepté leur déploiement. Il vient aussi d’accepter le plan de paix de Kofi Annan, mais tarde à le mettre en application. Selon les médias du régime syrien, Assad vient de le confirmer dans sa lettre adressée aux pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) réunis à New Delhi.
En effet, dans sa lettre, Assad a « salué leurs positions relatives au renforcement du respect de la souveraineté des pays, leurs efforts pour un monde multipolaires mettant un terme à l’hégémonie de l’Occident et à ses ingérences, et enfin, le renforcement de la coopération pour construire un monde meilleur basé sur les relations démocratiques entre les Etats » (NDLR : la démocratie syrienne, une école en la matière !).
Assad, a ensuite exposé la situation en Syrie - du point de vue syrien - dénonçant « les ingérences régionales et internationales à travers le financement de groupes terroristes pour déstabiliser le pays, assassiner le peuple et détruire les infrastructures. L’Etat syrien a œuvré pour stabiliser la situation, sécuriser la population et réaliser les aspirations du peuple à travers une série de mesures, dont la nouvelle constitution qui favorise le multipartisme et la démocratie. Mais en dépit de ces mesures, les campagnes médiatiques hostiles à la Syrie se sont poursuivies, parallèlement à la poursuite du terrorisme et des assassinats. La Syrie a accepté la mission de Kofi Annan, qui nécessite, pour réussir, l’assèchement au préalable des ressources financières du terrorisme. Pour réussir sa mission, Kofi Annan doit donc obtenir au préalable l’engagement des pays voisins et lointains, qui reconnaissent soutenir les terroristes, d’arrêter leurs financements et de retirer les armes des groupes terroristes qui continuent à enlever et tuer des innocents ».
Assad a ajouté que « la Syrie s’apprête à lancer, dans un très proche avenir, un dialogue national englobant toutes les parties qui œuvrent pour la stabilité, la sécurité et le progrès du pays (NDLR, excluant de facto les vrais opposants) ». Et de conclure, Assad a affirmé avoir « accepté le plan de Kofi Annan et lui avoir remis ses remarques et ses observations, l’invitant à négocier tous les détails permettant de passer à l’étape suivante, à savoir l’entrée en application du plan ».
De ce qui précède, Assad confirme qu’il se fout royalement de Kofi Annan, de l’ONU, de la Ligue arabe et de leurs médiations. Selon la fable, il prend les citoyens du monde pour des balourds. Au terme de 42 ans, les Syriens se sont révoltés contre ce statut et le font savoir depuis le 15 mars 2011. Qu’en est-il des membres du BRICS et des Occidentaux ?
Dario S.

Envoyer par email
Imprimer cet article