Dossier spécial sur la désinformation syrienne - Deuxième partie

Après Olivier Roy, le Nouvel Observateur est victime de la propagande syrienne

La revue française doit réagir

dimanche 19 février 2012 - 15h57, par Dario S. (Rome)

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A travers ses mensonges flagrants, le régime syrien prouve, d’une part, qu’il est à court d’idées et d’arguments pour faire face à la révolte du peuple qui touche désormais Damas et menace le palais présidentiel ; et d’autre part, il prépare le terrain et les esprits pour se venger contre le Liban, et plus particulièrement contre les Chrétiens, en visant spécifiquement le chef des Forces Libanaises Samir Geagea.

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En effet, après sa tentative avortée d’attribuer des propos élogieux à son égard au chercheur français Olivier Roy, le site de propagande du régime syrien, Dampress, récidive ce 19 février 2011, en traduisant et en « remodelant » un article publié le 18 mai 2011 par Vincent Jauvert, dans l’hebdomadaire français « Le Nouvel Observateur ».

Le premier mensonge se situe dans le fait que le site syrien ne précise nullement la date de parution de l’article français (18 mai 2011) qu’il publie en arabe neuf mois après, le 19 février 2012, et qui de plus, n’est plus d’actualité. L’original parlait alors de manifestations pacifiques, les vendredis, qui se déroulent depuis deux mois (entre le 15 mars et le 18 mai) !! Aujourd’hui, les manifestations sont quotidiennes depuis 11 mois. De plus, le manque d’objectivité dans cette traduction se situe d’emblée dans le fait que le site syrien de propagande, lié au régime, ne propose aucun lien actif vers la version originale !

Le deuxième mensonge réside dans la fausse traduction. « Le Nouvel Observateur » titre son article :« Syrie : les réseaux secrets des cyberrésistants », mais la traduction syrienne devient : « Selon le français Nouvel Observateur, le printemps syrien est passé par l’appartement de Samir Geagea à Beyrouth et par celui du syrien Amrou à Paris aux chaînes du sang » (NDLR : les chaînes du sang est une expression qui désigne communément les télévisions Al-Arabiya et Al-Jazeera).

Le titre en arabe devient en effet :

نوفل اوبزرفاتور الفرنسية :الربيع السوري مرّ من شقة سمير جعجع في بيروت وشقة عمرو بباريس عبر شاب سوري إلى قنوات الدم

Le troisième mensonge est que selon la traduction syrienne, « le Nouvel Observateur dévoile un nouveau complot mené par le Qatar », alors que l’original n’évoque, à aucun moment, un quelconque complot !

Le quatrième mensonge syrien fait dire au média français que « le réseau clandestin qui s’occupe des vidéos diffusées par la télévision Al-Jazeera passe par un appartement meublé du quartier chrétien d’Achrafieh, mis à disposition d’un Syrien recherché par les autorités de son pays ». La version syrienne insiste sur le fait que « le quartier d’Achrafieh est qualifié, par le Nouvel Observateur, comme étant un fief de Samir Geagea, chef des Forces Libanaises ». Mais à aucun moment l’original n’a évoqué Geagea, précisant à peine qu’Achrafieh est un quartier chrétien.

La cinquième remarque porte sur la suppression, dans la traduction syrienne, de toues les informations contenues dans l’original français faisant références aux « massacres de Hama en 1982 et au nombre des victimes atteignant alors 20.000 morts » !! Contrairement à l’article en français, la version syrienne ne précise pas non plus que « les hommes de main du régime mènent une guerre impitoyable contre les vidéastes anonymes. Deux organismes d’Etat et 60.000 agents seraient chargés de les traquer ».

Le sixième mensonge flagrant affirme, dans la version arabe propagandiste, que « le complot avait été préparé à l’avance par Al-Jazeera, en recevant Fidaa Al-Sayed, un activiste vivant à Stockholm, pour mettre en place le réseau clandestin avec l’argent des richissimes hommes d’affaires... ». Pourtant, la version française précise que « la chaîne du Qatar, qui avait été si prompte à s’engager aux côtés des anti-Kadhafi ou des opposants à Ben Ali et Moubarak, voulait ménager Bachar al-Assad avec lequel le prince régnant s’était rabiboché. Mais mi-avril, le ton de la chaîne a radicalement changé. Pour quelles raisons ? Les avis divergent. En tout cas, les bureaux de la chaîne à Damas ont été fermés et l’une de ses journalistes, Dorothy Parvaz, arrêtée puis vraisemblablement transférée secrètement en Iran. Aujourd’hui, Al-Jazeera se bat avec les réseaux d’exilés pour décrocher les meilleures images de la révolte en exclusivité (...). Le 28 avril, Fidaa al-Sayed, l’homme de Stockholm, est allé à Doha en discuter avec les patrons de la chaîne. Un voyage discret. Pour semer les moukhabarat, il s’est rasé la barbe, il est parti un jour plus tôt que prévu et ne s’est pas installé dans l’hôtel réservé. Sur place, on lui a déroulé le tapis rouge. « Ils m’ont dit que désormais nous avions « antenne ouverte », raconte-t-il. Ils espéraient que nous leurs réserverions nos vidéos les plus fortes , que nous ne les donnerions pas à la concurrence, Al-Arabiya ou BBC Arabie. » Fidaa a refusé. Pas rancuniers, les chefs d’Al-Jazeera lui ont offert des conseils pour mieux promouvoir sa cause : filmer des femmes et des enfants, insister sur les slogans pacifistes... Fidaa, lui, a demandé que la chaîne respecte les consignes de sécurité : les vidéastes redoutent d’être repérés par les moukhabarat à cause d’une simple image ».

La septième entorse faite par la propagande syrienne concerne le témoignage d’Ausama Mounajed, l’un des premiers à avoir organisé l’entrée clandestine de matériels de communication en Syrie. Cet activiste syrien de 31 ans vit à Londres depuis 2005. Il a étudié les nouvelles technologies et les révolutions non violentes. Son témoignage au Nouvel Observateur a été amputé, en arabe, d’une phrase clé, miraculeusement disparue dans la traduction : « Nous savions que Al-Assad interdirait toutes les télés étrangères et, par endroits, couperait la téléphonie mobile et internet. Il fallait empêcher ce huis clos programmé ». La version syrienne l’accuse tout simplement d’avoir « introduit clandestinement le matériel de communication et d’avoir formé les activistes en Turquie et en Jordanie » !!

Le huitième mensonge porte sur la transformation de la conclusion de l’article français. Dans l’original, on pouvait lire : « De bidouilles technologiques en actes de courage insensé, cette bataille pour l’image dure depuis deux mois. Tout a commencé le 15 mars, quand une trentaine de jeunes sont descendus dans le souk de Damas, près de la Grande Mosquée, et ont crié : “Syrien, où es-tu ?” Ils ont filmé leur petit défilé puis ont tous été arrêtés. Ils ne sont jamais ressortis de prison. Leur vidéo a fait le tour du monde. La révolte était lancée. “Elle sera victorieuse quand des centaines de milliers de manifestants prendront une grande place de Damas. Et que quelqu’un filmera la scène, en direct sur Al- Jazeera”, dit Rami Nakhle. Le rêve fou qu’il partage avec des millions d’anonymes ». Cette conclusion devient en arabe : « Le souhait des activistes est de voir les places de Syrie se remplir de manifestants, comme les places d’Egypte. C’est alors qu’ils pourront considérer que le printemps syrien a réellement commencé. Car, pour l’instant, il n’y a eu aucune manifestation de masse semblable à celles d’Egypte, au moment où tous les jours, les partisans des réformes (NDLR : du régime) prouvent qu’ils sont majoritaires ».

La faillite d’Assad et ses menaces

De ce qui précède, un lecteur normalement constitué conclut que le régime syrien est aux abois. Il invente des mensonges pour convaincre ses derniers soutiens que la Syrie fait face à un complot avoué par des chercheurs (Olivier Roy) et de grands journalistes occidentaux qui reconnaissent d’ailleurs sa puissance et son invincibilité. Cette tentative de remonter le moral des troupes censure par la même occasion les informations embarrassantes pour le régime. Cet agglomérat de mensonges atteste que les autres moyens de propagande sont littéralement grillés, à l’instar du réseau Voltaire.net (Thierry Meyssan), de New Orient News (Hezbollah), des agences de presse iraniennes, et de la religieuse Agnès-Mariam de la Croix, pour ne citer qu’eux. A forces de mentir, ces portes-voix du régime ont fini par se discréditer.

Le plus grave dans cette propagande mensongère est que le régime syrien désigne ses prochaines cibles potentielles, dont les noms sont faussement cités par un hebdomadaire français respectable, le Nouvel Observateur. Outre les activistes qui lui sont dangereux, la Syrie a inséré le nom de Samir Geagea, l’unique homme politique libanais qui n’a jamais accepté le moindre compromis avec l’occupation syrienne du Liban. Geagea et son parti, les Forces Libanaises, sont ainsi classés, indirectement, comme des comploteurs contre le régime. En les désignant ainsi, Geagea, les souverainistes libanais en général et les chrétiens libanais en particulier, sont directement menacés. Car, en cas de chute d’Assad, ses partisans et agents libanais chercheront à le venger en s’en prenant à ces cibles désignées. Et si Assad l’emporte, il cherchera à prendre une violente revanche, et ses cibles sont déjà choisies.

Cliquez ici pour lire l’article du Nouvel Observateur du 18 mai 2011.

Cliquez ici pour lire la traduction biaisé publiée le 19 février 2012 par Dampress.

Cliquez ici pour lire l’image de l’article syrien, au cas où il sera déplacé ou retiré !!

A l’instar d’Olivier Roy, qui a démenti l’usurpation de son nom dans la propagande du régime du Baath syrien, il appartient aujourd’hui au « Nouvel Observateur » de réagir et de faire cesser son exploitation au profit de Bachar Al-Assad. Il appartient également aux médias qui se respectent et qui respectent leurs lecteurs de rester vigilants pour éviter de se faire éclabousser... de sang syrien !

A suivre...

Cliquez ici pour lire La désinformation syrienne - Première partie

Cliquez ici pour lire La désinformation syrienne - Troisième partie

Dario S.