L’éditorial de Stefano B.C. (Rome)

Le Vatican lutte contre la pédophilie, mais que fait l’Eglise contre les tueurs d’enfants en Syrie ? (vidéo)

L’Eglise orientale est-elle touchée par le masochisme ?

vendredi 10 février 2012 - 00h51, par Stefano B.C.

Logo MédiArabe.Info

L’Eglise catholique vient de lancer le centre de formation des prêtres, évêques et religieuses à la protection de l’enfance. Le lancement de cette campagne de lutte contre la pédophilie coïncide avec l’annonce de la mort de plus de 200 enfants en Syrie sous les bombes de Bachar Al-Assad. Serait-il plus toléré qu’un pédophile ?

Tip A Friend  Envoyer par email | impression Imprimer cet article

En marge du lancement du centre E-Learning (formation à distance), un symposium de quatre jours a été organisé à Rome pour mieux coordonner la lutte contre la pédophilie. Mais le Vatican, initiateur de ce projet louable, n’a pas révélé au grand public la véritable définition de la pédophilie. S’agit-il seulement des abus à caractère sexuel sur les enfants ? Ou le terme peut-il englober le massacre des enfants, à distance aussi ? Car en Syrie, aujourd’hui, l’armée syrienne, sous les ordres de Bachar Al-Assad, tue à distance avec les orgues de Staline, sans que le Vaticain ne condamne ces massacres, du moins publiquement.

Cet extrait d’une vidéo tournée le 9 février 2012 à Homs, jour du lancement de la campagne contre la pédophilie, tombe à point nommé pour sensibiliser le Vatican sur le sort de l’humanité en Syrie, d’autant plus que certaines Eglises orientales, y compris celles qui dépendent de Rome, soutiennent toujours le dictateur, qui pourrait d’ailleurs être désigné, pour l’occasion, par « Pédo Vampire ».

IMG/flv/enfants_baba_amr_09022012.flv

Le combat de l’Eglise est louable. Mais il le sera davantage quand il sera équilibré. Car, par quel phénomène peut-on expliquer aux générations futures que l’Eglise est devenue masochiste à ce point ? Le régime syrien a exploité l’Eglise, et toutes les autres minorités en Syrie, depuis près d’un demi siècle (1963). Il a cherché à la soumettre au Liban pendant près de 30 ans (1976-2005), en tuant plus de 100.000 de ses fidèles, en provoquant l’exode de centaines de milliers d’autres, et en détenant arbitrairement, toujours aujourd’hui, des dizaines d’autres dans ses geôles. Il a pris le sort des chrétiens d’Irak en otage (depuis 2003) pour monnayer son rôle en Mésopotamie avec les Américains, ou pour les sanctionner en s’en prenant à leur coreligionnaires sur place...

Mais en dépit de cette persécution, l’Eglise s’accroche toujours au dictateur « Pedo Vampire », comme en témoignent les multiples prises de position du Patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, favorables à Assad, en prenant à contre-pied les enseignements de l’Eglise, en contrevenant aux traditions de ses prédécesseurs et tout simplement au bon sens... Faut-il rappeler à cet égard comment le régime syrien a-t-il exercé ses pressions durant 24 ans pour faire plier le Patriarche Nasrallah Sfeïr, en vain ? Faut-il préciser que l’occupation syrienne du Liban a persécuté, en temps de paix, le premier résistant contre la dictature, Samir Geagea, qu’elle n’a pu vaincre en temps de guerre, après avoir éliminé ses prédécesseurs et compagnons (Bachir Gemayel...) ? Faut-il aussi rafraîchir certaines mémoires sur les nombreux cas de chrétiens achetés, soumis et exploités par le régime, dont certains sont toujours vivants (actifs et aux ordres), et d’autres, devenus encombrants, ont été éliminés par le même régime ?

Face à ce phénomène inexplicable, les experts peinent à diagnostiquer la maladie de l’Eglise et hésitent entre le masochisme et le syndrome de Stockholm. Peut-être que le Vatican, à travers son E-Learning, puisse-t-il réaliser des miracles et faire taire les égarés, à défaut de les ramener dans le droit chemin de l’humanisme.

Stefano B.C.