Analyse de Dario S. (Rome)

Divergences ou jeu de rôle au sein du Hamas palestinien ? Après Khaled Mechaal à Amman, Ismaël Haniyeh est en route pour Téhéran

L’échec de la réconciliation entre Mechaal et la Jordanie confirme l’option iranienne

lundi 30 janvier 2012 - 22h16, par Dario S. (Rome)

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Le premier ministre palestinien à Gaza, Ismaël Haniyeh, a quitté ce lundi Al-Arish, dans le Sinaï égyptien, pour une tournée régionale le conduisant notamment au Qatar et en Iran. Cette tournée fait suite aux visites de Haniyeh, début janvier, en Egypte, en Tunisie, en Turquie et au Soudan. L’activisme de Haniyeh intervient alors que la direction du Mouvement islamiste est désormais indésirable à Damas. Le Hamas se cherche un nouveau parrain.

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En recevant Haniyeh, le Qatar semble confirmer la poursuite de sa politique régionale favorable aux révoltes (Tunisie, Libye, Egypte et Syrie), mais surtout, sa volonté de reprendre la carte palestinienne à la Syrie et d’empêcher le régime de Bachar Al-Assad d’en disposer et de la prendre en otage. Cette option de Doha a justifié le déplacement, hier dimanche, du prince héritier Tamim Bin Hamad Al-Thani à Amman, pour accompagner Khaled Mechaal lors de sa première visite dans le royaume hachémite depuis son expulsion en 1999.

Mais, selon plusieurs sources, la réconciliation entre Khaled Mechaal et les quatre autres membres de sa délégation d’une part, et le Roi Abdallah II de Jordanie d’autre part, n’était que de façade. L’agence officielle « Petra » a sciemment réduit l’importance de la visite du chef du Hamas, en soulignant que « (...) Khaled Mechaal a rejoint la réunion officielle entre le Roi jordanien et le prince héritier qatari ». Autrement dit, Mechaal n’était qu’un « accessoire », et sa visite était purement protocolaire.

Bien que les deux parties ont tenu des propos conciliants et rassurants, dans un respect mutuel, les Palestiniens ont saisi et compris le message jordanien. Le dos au mur, indésirable en Syrie, Khaled Mechaal a dû s’employer à détendre l’atmosphère. Il a réitéré « l’attachement du Hamas à la sécurité et à l’intégrité de la Jordanie », et rejeté catégoriquement « la fameuse option du transfert des Palestiniens en Jordanie et d’en faire leur Etat ». Mais les propos diplomatiques de Mechaal ont perdu leur sens quand le chef du bureau politique du Hamas a attribué l’échec des négociations de paix à Israël en réponse aux appels insistants du Roi Abdallah à la reprise des négociations. Amman se sent ainsi en mesure de douter de la sincérité de Mechaal.

Les divergences entre les deux parties se situent dans leurs choix stratégiques. La Jordanie privilégie le dialogue pour récupérer les droits du peuple palestinien, et soutient donc l’Autorité palestinienne et l’OLP, alors que le Hamas s’accroche à l’option militaire pour forcer Israël à se retirer et à accepter l’Etat palestinien sur les frontières de juin 1967. D’ailleurs, le malaise était visible tout au long de la visite, tant sur le visage des responsables palestiniens, que sur le Roi Abdallah II et son entourage. La délégation du Hamas a dû quitter Amman sans rencontrer le moindre responsable des Palestiniens de Jordanie et sans même rencontrer leurs propres familles.

Selon plusieurs observateurs, les pays arabes pressent les Palestiniens en général et le Hamas en particulier à reconnaître Israël et à quitter définitivement l’option syro-iranienne. Mais les pays arabes ne semblent pas prêt à compenser la perte du soutien de Téhéran, surtout au niveau financier.

Or, selon plusieurs sources jordaniennes, Amman est coincé entre le marteau du Hamas et l’enclume des Frères musulmans. Le Roi Abdallah serait prêt à s’ouvrir davantage sur le Hamas, mais craint que les Frères musulmans qui constituent le prolongement idéologique du Hamas en Jordanie, n’en profitent sur la scène politique locale. A cet embarras s’ajoutent les pressions de l’Autorité palestinienne, d’Israël, de l’Egypte et des Etats-Unis pour maintenir voire renforcer l’encerclement du Hamas.

C’est dans le sillage de l’échec de la réconciliation entre Mechaal et la Jordanie que la visite de Haniyeh en Iran prend tout son sens. Le chef du gouvernement démis, et candidat à la succession de Mechaal, serait ainsi favorable au renforcement des relations avec Téhéran. D’une part pour confirmer son option militaire ; d’autre part, pour bénéficier du soutien financier des mollahs en l’absence de l’aide arabe ; et enfin, pour faire embarrasser le pouvoir jordanien vis-à-vis de sa population en majorité d’origine palestinienne.

En définitive, si la Syrie est en passe de perdre son contrôle sur Khaled Mechaal, l’Iran tente de renforcer son contrôle sur Ismaël Haniyeh, grâce notamment à l’argent. Téhéran songerait ainsi à utiliser une nouvelle Gaza pour harceler Israël. L’objectif de la République islamique est, d’une part, de retarder toute action militaire israélienne et/ou américaine contre son programme nucléaire, et d’autre part, renforcer sa popularité dans le monde arabe grâce à la cause palestinienne. Enfin, Téhéran pourrait exploiter les Palestiniens ainsi « achetés » pour tenter de sauver son allié Bachar Al-Assad, directement en Syrie, ou en déstabilisant le Liban.

Dario S.