Plus de 300 militaires rejoignent l’opposition avec armes et bagages

Syrie : le ministre de l’Intérieur, Mohamed Al-Chaar, s’inspire du vocabulaire nazi

L’exterminateur de Tripoli s’engage à "purifier" le pays et à éradiquer le terrorisme. La répression fait plus de 60 morts ce samedi

samedi 28 janvier 2012 - 20h43, par Dario S. (Rome)

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En assistant aux funérailles de 28 membres des forces de sécurité intérieure, le ministre syrien de l’Intérieur, Mohamed Al-Chaar, connu pour avoir détruit Tripoli au Liban en 1986, et d’avoir réprimé la prison de Saïdnaya en 2008, s’est engagé à purifier le pays et à éradiquer l’opposition et les terroristes. Pour lui, "le complot fomenté par les Etats-Unis, Israël et leurs alliés, est voué à l’échec".

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Le ministre syrien de l’Intérieur, Mohamed Al-Chaar, a réitéré ce samedi son engagement à « purifier et à nettoyer le pays des groupes terroristes ». Lors d’une cérémonie organisée par le ministère de l’Intérieur pour honorer les policiers tués et leurs familles, Al-Chaar a affirmé que « le complot israélo-américain contre la Syrie, soutenu et financé par leurs alliés régionaux (certains pays arabes selon Damas, NDLR) est voué à l’échec, grâce à la volonté du peuple syrien ». Selon l’agence SANA, 28 membres des forces de sécurité intérieure ont été inhumés ce samedi.

Le plus inquiétant dans les propos du ministre syrien est sans conteste le choix des mots. Il a employé à plusieurs reprises les mots « purification », « nettoyage » et « éradication »... Selon plusieurs spécialistes, le ministre de l’Intérieur, issu de l’armée, puise son vocabulaire du dictionnaire nazi, confirmant la détermination du régime à commettre un véritable génocide. Les spécialistes rappellent que le passé du général Mohamed Al-Chaar, marqué par son penchant sanguinaire. Il en effet est connu pour avoir servi au Liban, pendant l’occupation. Au milieu des année 1980, il fut chargé d’éradiquer l’OLP. Il avait alors encerclé Yasser Arafat dans la ville de Tripoli, au nord du Liban, avant de la détruire sur ses habitants, faisant plusieurs milliers de morts. En 2008, il avait participé au massacre de la prison de Saidnaya, où plusieurs centaines de détenus avaient été éliminés. Sa nomination le 14 avril 2011 par Bachar Al-Assad au ministère de l’Intérieur dans le gouvernement de Adel Safar, avait alerté l’opposition syrienne qui y a vu une tentative du régime de muscler la répression. Le régime met déjà ses promesses de purifier le pays à exécution. Au cours des dernières 48 heures, la répression a fait près de 200 morts. Les cadavres de 17 détenus par les forces du régime ont été découverts dans une rue de Hama, dans une tentative manifeste de terroriser la population.

Mais ni les propos du ministre ni ses massacres collectifs ne semblent affecter le moral de la population. Bien au contraire, plus le niveau de la violence étatique est élevé, plus la détermination des Syriens à renverser la dictature grandit. Pour preuve, des dizaines de milliers de Syriens ont bravé la répression et ont manifesté ce samedi à Alep, Homs, Hama, Deraa, Deir Ez-Zor, et surtout dans les alentours de Damas, sous les balles et les obus...

Par ailleurs, le dispositif du régime continue à se fissurer avec la défection, ce samedi, de 300 militaires conduits par un haut gradé, dans la province de Rif Damas. Ils ont rejoint l’Armée Syrienne Libre, avec leurs armes et bagages, dont notamment 4 chars d’assaut.

Face à cette montée de violence inquiétante, et qui semble irréversible, la Ligue arabe a décidé de retirer ses observateurs par crainte pour leur sécurité. Officiellement, Damas regrette et accuse la Ligue arabe de vouloir ainsi accentuer ses pressions sur l’ONU dans le cadre du complot ourdi contre la Syrie. Mais en réalité, le retrait des observateurs arrange le régime, qui pourra alors éradiquer sans témoin, s’appuyant sur le blocage russe de toute résolution onusienne.

Cliquez ici pour lire ou relire Comment Assad opte pour le scénario libyen (29 mars 2011).

Dario S.