Le Pays du Nil, connu pour ses richesses naturelles et culturelles et pour ses vestiges historiques (l’Egypte est un musée à ciel ouvert), risque la famine. Ses réserves en devises ne couvrent que trois mois d’importations. Le pouvoir intérimaire qui a succédé à Hosni Moubarak, à l’issue de la révolution du 25 janvier dont les Egyptiens viennent de fêter son premier anniversaire, fait appel au FMI et à la Banque Mondiale pour emprunter plus de 3 milliards de dollars, indispensables à importer l’alimentation nécessaire aux 80 millions d’habitants.
Autant dire que les autorités ont de quoi s’occuper tant au niveau politique que stratégique, économique et législatif. Mais au lieu de s’y pencher, les salafistes, qui sont arrivés seconds derrière les Frères musulmans aux dernières législatives, donnent la priorité à la morale islamique. Plusieurs salafistes ont en effet appelé, à travers leurs pages Facebook, à interdire la fête de la Saint Valentin, prétextant qu’il s’agit d’une « fête païenne importée ».
Abou Houssam Al Boukhari, l’un des responsables du courant salafiste en Egypte, dénonce lui aussi la Saint Valentin, estimant qu’« elle favorise la dérive, la mixité, et pousse les filles à se maquiller. L’Islam refuse ces comportements tout comme il prohibe l’alcool et toute sorte de débauche », a-t-il martelé, avant d’inviter les députés salafistes à légiférer dans ce sens et donc à interdire la fête et à veiller à l’application de la Charia.
Khaled Saïd, un imam salafiste, a lui aussi mené une campagne virulente contre la Saint Valentin, ou la fête de l’Amour. Pour lui, « la page de la débauche et de la tyrannie, avec son lot de violation de la Charia, est tournée. L’ère de la dictature qui obligeait les imams à autoriser ce que Dieu a interdit, est révolue ». Parmi ces graves anomalies, l’imam cite « l’invention du 14 février qui encourage les filles et les garçons à fêter ce qu’ils appellent la fête de l’Amour. C’est une fête mécréante, juive et chrétienne, qui pollue les cerveaux et les cœurs ». Le religieux propose d’interdire cette fête et la création de comités chargés d’appliquer cette interdiction et de veiller à ce que les commerçants se conforment également. « Il faut que ces derniers cessent de vendre des articles liés à cette fête pour aider la jeunesse de s’en détourner ».
De nombreux jeunes qui se revendiquent libéraux font part de leur amertume de voir ainsi leur révolution volée par les islamistes et déviée de ses objectifs. Sur le site de la télévision « Al Arabiya », l’écrasante majorité des réactions des internautes n’est pas tendre avec cet islam rigide que tente d’imposer les salafistes. La tension entre les libéraux et les radicaux risque de ce fait de croître autour du modèle sociétal de chaque camp. L’Egypte est loin d’avoir tourné la page de sa révolution contre la dictature. Elle doit céder la place à une révolution contre l’obscurantisme.
Rappelons qu’une polémique avait opposé les radicaux au mufti d’Egypte, il y a plusieurs années, quand ce dernier avait autorisé cette fête, récusant les protestations des barbus. Le Mufti s’était également distingué par le limogeage de l’imam Izzat Attiyah, directeur du département des études du Hadith à l’université islamique d’Al-Azhar, la plus haute autorité sunnite en Egypte, auteur de la fameuse fatwa sur l’allaitement des grands. A peine cet épisode oublié, les radicaux égyptiens récidivent avec la Saint Valentin et se détournent de l’essentiel.
Mediarabe.info

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