L’éditorial de Dario S. (Rome)

Victime du régime syrien, le Hamas prépare le nouvel exode palestinien. Mais le pessimisme de l’intelligence ne vaincra pas l’optimisme de la volonté.

Assad a exploité les Palestiniens et s’apprête à les jeter comme un mouchoir usé

mardi 24 janvier 2012 - 11h29, par Dario S. (Rome)

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La direction en exil du Hamas palestinien s’est enfin réveillée pour découvrir que "le rêve de libérer la Palestine", tant évoqué par la Syrie, n’était qu’un "cauchemar" dont le scénario était écrit de bout en bout par le Baath syrien, au service uniquement de la famille Assad. Khaled Mechaal est désormais persona non grata à Damas. Faisant les frais de la révolte, il prépare son nouvel exode vers d’autres cieux plus cléments.

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L’information est désormais confirmée par plusieurs sources palestiniennes et arabes : le régime syrien a arrêté, le 11 et le 12 janvier, Fatima Mechaal, la fille de Khaled Mechaal, et son mari, officiellement dans le cadre d’une enquête financière ! Quelques jours plus tard, Damas les a libérés contre le versement d’une caution (50.000 Livres chacun) et l’engagement de se présenter aux prochaines convocations. Le 15 janvier, les enquêteurs ont convoqué Amal Bourini (50 ans), l’épouse du chef du bureau politique du Hamas Khaled Mechaal, et ses enfants. Ses filles Hibatallah (29 ans) et Nour (27 ans), ainsi que ses fils Walid (25 ans), Omar et Hilal (22 ans) et Yahia (16 ans) ont tous été interrogés dans le cadre de la même enquête. Damas veut savoir s’ils détiennent des biens immobiliers en Syrie, synonyme de détournement d’argent ! (le piège tendu par le corrupteur au corrompu).

Mais en réalité, le régime syrien entendait accentuer ses pressions sur la direction du Hamas afin de la pousser à épouser la cause d’Assad et à le soutenir contre son peuple. A présent, Khaled Mechaal refuse et cherche un nouvel exil dans un autre pays arabe. Il arrive dimanche prochain à Amman, en compagnie du premier ministre du Qatar, Hamad Bin Jassem, pour une réconciliation avec le roi Abdallah de Jordanie. Mais pour obtenir la libération de sa famille, Mechaal a dû renoncer à la direction du Hamas, annonçant qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession. La Syrie soutient l’élection de Moussa Abou Marzouk à la tête du Hamas, face à Ismaël Haniyeh et Mahmoud Al-Zahhar. Abou Marzouk est en effet le N°2 du bureau politique à l’étranger, basé essentiellement à Damas. Bien que Haniyeh et Al-Zahhar soient appréciés par leurs militants, et bien qu’ils ne soient pas hostiles à Damas, la Syrie privilégie Abou Marzouk pour le maintenir sous son contrôle.

Du rêve au cauchemar

Les Palestiniens se réveillent et découvrent qu’ils ont été manipulés par la Syrie et l’Iran. Le Hamas a servi à affaiblir Yasser Arafat, puis à l’empêcher de réaliser son rêve de paix avec Israël. La progression du processus de paix était ainsi ralentie par les actes terroristes commis par le Hamas, le Djihad Islamique ou le FPLP, tous dirigés depuis Damas et financés par Téhéran. Les Palestiniens ont enfin compris que le siège et le martyre de Gaza (2008-2009) servait uniquement le calendrier syro-iranien, de même que le sacrifice de dizaines de réfugiés palestiniens sur le plateau du Golan, en juin 2011. Les Palestiniens se réveillent et découvrent que leur rêve de libérer la Palestine, de la Mer au Fleuve, n’était qu’un cauchemar écrit par les stratèges syriens. Ceux-ci ont versé dans la surenchère et se sont servis des souffrances palestiniennes uniquement dans leurs propres intérêts.

Le cynisme syro-iranien a longtemps investi dans l’entretien des divisions inter-palestiniennes, poussant le Hamas contre l’OLP, le Fatah-Intifada contre Arafat, le Djihad islamique contre le Hamas... dans le but de maintenir et prolonger le statu quo. Pour la Syrie, il était interdit de parvenir à la paix avec Israël. Car toute normalisation signifie la perte du fonds de commerce, la fin de la mobilisation, l’ouverture et la démocratisation. Donc la fin du régime.

L’aveuglement de certains Libanais

Le même scénario a été appliqué au Liban. Les exemples ne manquent pas. Depuis 1976 et l’intervention militaire syrienne au pays du Cèdre, transformée en occupation, Damas a exploité de nombreuses personnalités politiques et religieuses et a assassiné celles qui lui échappaient. Les exemples ne manquent pas (Kamal Joumblatt, Hassan Khaled, Salim Lawzi, Bachir Gemayel, Elie Hobeïka, Rafik Hariri, Bassel Fleyhane, Antoine Ghanem, Pierre Gemayel, Samir Kassir, Georges Haoui, Walid Eïdo, Gebran Tueini et plus de 150.000 autres civils...).

Aussi, grâce à l’argent iranien et à l’idéologie de la Révolution islamique, le régime syrien exploite encore aujourd’hui le Hezbollah et le Mouvement Amal, de plus en plus impliqués dans la répression en Syrie. De plus en plus d’intellectuels chiites libanais craignent de faire les frais de cet alignement. Ils estiment qu’en cas de renversement de Bachar Al-Assad, ils seront victimes de la vengeance des vainqueurs. Au contraire, si Assad parvient à sauver son régime, il négociera la tête du Hezbollah. Dans les deux cas, il les aura exploités et jetés comme le Hamas.

Le général Michel Aoun et certains religieux chrétiens ne sont pas mieux lotis. Aoun s’apprête à organiser un pèlerinage sur le tombeau présumé de Saint Maroun à Brad, en Syrie, à l’occasion de la fête du Saint Patron des Maronites (9 février). cette visite vise à confirmer son soutien au dictateur syrien, d’une part, et à monter les enchères et empêcher l’effondrement de sa popularité au Liban, d’autre part. Le général Aoun a entrâné, dans sa politique suicidaire, plusieurs prélats maronites qui offrent désormais une couverture chrétienne au Hezbollah, sans se soucier des retombées de leurs actes sur le Liban en premier lieu, et sur les chrétiens syriens ensuite. De plus en plus de partisans du général Aoun et de fidèles maronites redoutent en effet les conséquences de cette politique autant sur le Courant Patriotique Libre que sur la communauté chrétienne en général.

Le rêve palestinien devenu cauchemardesque devrait alerter les Libanais, de tous bords politiques et confessionnels, sur les dangers de leur aveuglement. Plus que jamais, leur appartenance au Liban doit primer sur leurs alliances régionales. L’alignement des dirigeants libanais sur le régime syrien et sur les mollahs iraniens les conduira au suicide collectif, alors que le peuple libanais réclame la vie et prône la prospérité, conscient que le pessimisme de l’intelligence ne vaincra pas l’optimisme de la volonté.

Dario S.