Point de vue de Dario S. (Rome)

Bachar Al-Assad s’inspire du cinéma hollywoodien, mais contre son peuple

Dans un mélange entre "Le Jour le plus long" et "Apocalypse now", "Exterminator" fauche 96 Syriens

dimanche 22 janvier 2012 - 00h23, par Dario S. (Rome)

Logo MédiArabe.Info

A la veille d’une rencontre décisive au Caire du comité ministériel arabe autour de la Syrie, les forces du régime ont tenté, ce samedi, de marquer un point sur le terrain, en tuant 96 personnes. Un bilan des plus lourds depuis le début de la révolte en mars 2011. Mais le plus inquiétant reste la menace à peine voilée adressée à la France par la machine de propagande du régime.

Tip A Friend  Envoyer par email | impression Imprimer cet article

Le régime de Bachar Al-Assad est engagé dans une course contre la montre pour exterminer l’opposition avant l’épuisement de ses réserves politiques, économiques et financières, et avant l’effondrement de son dispositif sécuritaire.

Politiquement, l’opposition représentée par le Conseil National Syrien (CNS) accentue ses pressions sur la Ligue arabe pour transférer le dossier syrien à l’ONU et entend saisir conjointement le Conseil de sécurité et le Tribunal pénal international. Le premier pour prendre ses responsabilités et protéger la population contre un régime assassin ; le second pour juger et condamner Assad, ses proches et ses conseillers pour crimes contre l’humanité.

Economiquement et financièrement, Assad s’approche dangereusement de la banqueroute. Sous l’effet des sanctions occidentales imposées à son secteur pétrolier, il a déjà enregistré plus de 2 milliards de dollars de pertes, auxquelles s’ajoutent les dégâts infligés par les sabotages des oléoducs, gazoducs, trains et lignes électriques. Damas vient d’annoncer, coup sur coup, des hausses du prix de l’essence et du gaz domestique et un rationnement du courant électrique. L’économie est au bord de l’asphyxie malgré les réductions des dépenses de fonctionnement et d’investissement...

Au niveau sécuritaire, la situation n’est guère plus brillante. Malgré la répression aveugle qui se poursuit à un rythme effréné, faisant ce samedi au moins 96 morts, le régime perd du terrain en raison de la multiplication des désertions et de la détermination du peuple à fermer la parenthèse de la dictature du Baath, qui dure depuis 1963. Ainsi, malgré la « victoire » revendiquée par Damas contre l’Armée Syrienne Libre, en décembre, dans la région d’Idlib, les déserteurs viennent de s’emparer de deux villes importantes : Zabadani et Douma. La première, proche de la frontière libanaise (45 km de Damas), est un carrefour stratégique qui domine la capitale et qui l’alimente en eau potable. La seconde est à 20 km de Damas. L’Armée Syrienne Libre peut désormais prétendre encercler le fief du régime et accélérer sa chute. Assad masse ses troupes pour tenter de reprendre le contrôle de ces villes au prix de milliers de nouvelles victimes.

Pour un dictateur, quel qu’il soit, peu importe le nombre des civils sacrifiés et la manière de le faire pourvu que la gloire du « Chef éternel » soit préservée. Dans le cas syrien, Assad est prêt à exterminer tout le peuple pour se maintenir au pouvoir. Depuis son avènement il y a près d’un demi-siècle, le régime du Baath a privé le peuple de tous ses droits élémentaires au nom de la lutte contre l’ennemi sioniste, tout en rendant un service inestimable à Israël. Car Assad père et fils ont en réalité tué plus de Palestiniens que l’Etat hébreu. La Syrie vient à juste titre d’arrêter la fille et le gendre de Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, pour le maintenir sous pression et le pousser à s’engager dans la guerre totale décrétée par le régime contre le peuple syrien. Les Palestiniens reconnaissent, avec regret et dégoût, que la Syrie les jette comme un mouchoir usé, après les avoir exploités pour harceler Israël et asseoir leur domination sur le Liban.

A l’inverse, le peuple syrien s’estimant prisonnier du régime depuis 1963, et de la famille Assad depuis 1970, n’a plus rien à perdre. Les Syriens ne comptent plus leurs morts et sont prêts à tout sacrifier pour retrouver la liberté et la dignité et en finir avec Assad.

Le régime syrien, qui privilégie les séries télévisées locales et iraniennes inspirées du « Protocole des Sages de Sion », pour mobiliser contre Israël (l’ancien ministre de la Défense, Mustapha Tlass, un proche de la famille Assad, fut longtemps soupçonné d’avoir financé la publication du Protocole des Sages de Sion et des manuscrits antisémites) s’inspire à présent du cinéma hollywoodien, s’appuyant sur sa machine propagandiste et la kyrielle de sites et de blogs à travers le monde.

Dans sa propagande ubuesque, relayée par le réseau « Voltaire » (qui assure que le 11 septembre est un complot américain) et par l’agence de presse « New Orient News » (fondée en 2006 pour le compte du Hezbollah) et par Agnès-Mariam de la Croix..., le régime vient non seulement d’attribuer la mort du reporter de France 2 Gilles Jacquier à l’Armée Syrienne Libre, mais surtout, il accuse Jacquier d’avoir été « un agent de la DGSE chargé d’une mission en Syrie sous couvert de son statut de journaliste ». Sous le titre « Fiasco des barbouzes français à Homs » l’auteur a ainsi écrit un scénario imaginaire digne de Hollywood.

Le plus grave dans l’exploitation du décès de Gilles Jacquier, et partant, du récit de « New Orient News », c’est que la Syrie attribue à la France des tentatives de déstabilisation. Elle accuse Paris, et plus particulièrement le président Nicolas Sarkozy, de financer, armer et soutenir les terroristes qui ont assassiné Jacquier. Poussant la manipulation à son terme, Damas a proféré des menaces à peine voilées contre la France, à travers des ressortissants français, estimant qu’« il ne faut pas s’étonner qu’un jour, des actes terroristes soient commis sur le territoire français ». Le quotidien libanais « Al Akhbar », proche du Hezbollah, a lui aussi proféré des menaces contre la France, mercredi 18 janvier, afin d’obtenir la libération du terroriste Georges Ibrahim Abdallah, condamné à perpétuité par la justice française pour plusieurs attentats dans l’Hexagone, dans les années 1980. « Al Akhbar » a ainsi affirmé que, « face à l’échec des recours pour obtenir la libération de “l’otage Abdallah” en France, tous les moyens deviennent légitimes », y compris des prises d’otages français pour servir de monnaie d’échange !

A quelques mois des présidentielles françaises, Bachar Al-Assad a choisi son camp. Il mise sur l’échec du président sortant Sarkozy. Pour y faire, la Syrie et ses alliés font planer la menace terroriste en France et contre les Français et leurs intérêts à l’étranger, notamment au Liban (FINUL). D’un autre côté, la propagande pro-Assad est menée en France par des milieux hostiles au président sortant, proches des extrêmes (extrême gauche et extrême droite).

Cliquez ici pour tout savoir sur « New Orient News »

Dario S.