Décryptage de Dario S. Rome

Russie-Syrie : un même combat. La flotte russe aurait livré du carburant et des armes (y compris chimiques) à Damas

Israël envisage d’accueillir les Alaouites au Golan. "Reconnaissance de dette" et exploitation future !

jeudi 12 janvier 2012 - 23h12, par Dario S. (Rome)

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Quel intérêt pouvait avoir l’escale de la flotte russe à Tartous, en Syrie, pour moins de deux jours ? Cache-t-elle une livraison d’armes sensibles sous couvert d’escale de réapprovisionnement ? La Syrie, en manque de carburants pour sa propre armée, peut-elle fournir cette denrée aux Russes ? en proposant d’accueillir les Alaouites au Golan après la chute d’Assad, Israël ne confirme-t-il pas son attachement au régime et leur collusion ?

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La flotte russe menée par le porte-avions Amiral Kouznetsov a accosté à Tartous dans la nuit de samedi à dimanche, pour une escale annoncée par la presse syrienne de six jours. Or, dès mardi matin, le groupe naval a levé l’ancre pour ne rester que deux jours...

Selon le quotidien syrien « Al-Watan », propriété de Rami Makhlouf, le cousin de Bachar Al-Assad, le groupe naval russe était composé du navire de lutte contre les sous-marins, Admiral Tchabanenko, le patrouilleur Ladny, le pétrolier Lena, des bâtiments qui ont pu pénétrer au port de Tartous, alors que le porte-avions Admiral Kouznetsov et le remorqueur Nikolaï Tchiker sont restés en rade extérieure, les dimensions et la profondeur des eaux dans le bassin de Tartous ne leur permettaient pas d’y entrer.

Le régime syrien, qui a dépêché le ministre de la Défense à Tartous pour y accueillir les alliés russes, affirme que « leur escale visait, d’une part, à renforcer l’alliance stratégique entre les deux pays, et d’autre part, à se ravitailler et se réapprovisionner en Syrie ». Or, le mensonge étant grotesque, Damas peine à convaincre. Car bien au contraire, la Syrie connait une pénurie de carburant depuis l’arrêt de la production de brut et l’interruption des livraisons vers les raffineries. A la demande de l’Iran, c’est l’Irak qui livre du gasoil à l’armée syrienne pour faire fonctionner ses chars et ses blindés. Il est peu probable que la Syrie ait pu ou voulu fournir du carburant à la flotte russe. C’est plutôt le pétrolier du groupe naval qui aurait vidé ses réservoirs à Tartous.

De plus, d’importantes quantités d’armes auraient été déchargées sur le port syrien, selon le secrétaire général de l’état-major de l’Armée Syrienne Libre, le colonel parachutiste Ammar Al-Wawi, cité par le site « elaph.com ». Al-Wawi accuse Moscou d’avoir livré des armes chimiques prohibées afin de permettre à Bachar Al-Assad d’exterminer la population qui lui est hostile, comme il l’avait fait à Ar-Rastan en répandant des produits chimiques par hélicoptères et des camions lanceurs d’eau des pompiers.

Ce jeudi, la Turquie a affirmé que le cargo intercepté à Chypre, puis relâché après l’engagement de son équipage de ne pas se rendre en Syrie et de ne pas y décharger sa cargaison (60.000 tonnes d’armes et d’explosifs en provenance de Russie), a fini par y accoster.

De ce qui précède, il faut s’attendre à la poursuite et à l’accélération du carnage en Syrie, avec la « complicité active » de la Russie, et la complaisance de la communauté internationale. Moscou et Damas sont des alliés stratégiques de longues dates. Les deux régimes doivent se serrer les coudes et se soutenir pour faire face aux peuples russe et syrien révoltés contre les deux dictatures. Medvedev, Poutine et Assad ont un même combat et une cible commune : la population. Si les Syriens reconnaissent « faire des efforts pour comprendre cette réalité à leur détriment », ils ne comprennent en revanche pas le comportement de l’Occident et des pays arabes.

A cet égard, plusieurs opposants syriens nous ont affirmé que « la Ligue arabe est devenue la complice d’Assad du fait que le gendre de Nabil Al-Arabi, son secrétaire général, est l’associé de Rami Makhlouf en affaires ». Nos sources ajoutent que « les fortunes amassées par ces deux mafieux associés (Rami Makhlouf était également l’associé de Sakhr El-Materi, le gendre de Ben Ali) grâce à la corruption et au pillage des économies syrienne et égyptienne sont investies dans les monarchies du Golfe, dont les princes et émirs sont terrifiés par Assad. Damas aurait en effet menacé de diffuser des enregistrements embarrassants des aventures des responsables du Golfe, piégés dans des hôtels syriens “garnis”, mis à leur disposition par les Services après y avoir dissimulé des caméras et des micros. D’autres responsables politiques et religieux libanais seraient dans le même cas ».

Quant au silence assassin de la communauté internationale à l’égard du génocide en cours, les Syriens l’attribuent à « la volonté d’Israël, particulièrement attaché à Bachar Al-Assad ». Ils affirment que « l’Etat hébreu redoute le renversement de la dictature syrienne, qui aura été son allié durant près de 50 ans. Le front du Golan est des plus calmes depuis 1973, et les Assad père et fils ont éliminé beaucoup plus de Palestiniens et d’Arabes que l’armée israélienne ».

D’ailleurs, selon le site « Beirut Observer », « l’idée du chef d’état-major de l’armée israélienne, le général Benny Gantz, d’installer les Alaouites syriens sur le Golan en cas de chute d’Assad, est doublement révélatrice. Elle confirme d’une part que les deux ennemis jurés n’étaient en fait que des alliés qui se partageaient la zone (Liban) et les tâches (éliminer des Palestiniens et contenir les sunnites) ; et d’autre part, et découlant de cette alliance, Israël veut sauver Assad et les siens pour les utiliser ultérieurement. En les installant dans le Golan, Israël aura créé une continuité territoriale entre les Alaouites et les Druzes du Plateau syrien annexé, et les Résistants chiites du Hezbollah au Liban. Ces minorités constitueront alors une zone tampon pour protéger Israël ».

Mais les opposants syriens regrettent « le choix erroné des Juifs et des Chrétiens, qui préfèrent soutenir la dictature face au mouvement irréversible de l’Histoire ». La victoire du peuple ne faisant pas de doute, du point de vue des révoltés, ces derniers estiment que « dans leur intérêt, les Juifs et les Chrétiens gagneraient à s’associer aux vainqueurs pour partager la victoire, au lieu de défendre le perdant au risque de lui disputer la défaite ».

Lire ou relire notre analyse publiée le 22 avril 2008 : Proche-Orient : si le ridicule ne tue pas, le cynisme et l’hypocrisie le peuvent. Une partie de poker menteur se joue dans la région, prenant les populations pour monnaie d’échange

Dario S.