Le point de vue de Dario S. (Rome)

La faillite de "l’axe de résistance" passe par des aveux abracadabrantesques d’un Jordanien de Mauritanie se revendiquant du Mossad israélien

Pourquoi, deux ans après les faits, le crash de l’avion éthiopien au Liban est-il attribué à Israël ?

jeudi 5 janvier 2012 - 23h50, par Dario S. (Rome)

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La politique de résistance, faussement revendiquée par la Syrie, est en faillite. Pour preuve, il vient de lancer une bataille perdue d’avance, consistant à attribuer le crash du Boeing 737-800 d’Ethiopian Airways, au Liban, le 25 janvier 2010, au Mossad israélien. Cette guerre de renseignement, engagée par médias interposés sur le terrain mauritanien, a toutes ses chances d’échouer, puisque la manœuvre ne convainc personne.

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Le régime syrien, qui a assuré la sécurité des frontières israéliennes dans le Golan depuis 1973, se bat « bec et ongles » pour survivre au soulèvement populaire. Le peuple syrien révolté récuse l’hypothèse développée par le régime sur un prétendu complot sioniste contre Assad, et accuse ce dernier d’être au contraire « le protégé et l’allié des Israéliens et des Américains » qui lui accordent répit sur répit. Les Syriens en veulent pour preuve « le calme qui règne sur le Golan et les services inestimables rendus par les Assad père et fils à Tel-Aviv ». Ils rappellent en effet que « Damas a divisé les Palestiniens, affaibli Yasser Arafat, exterminé l’OLP... ». La contrepartie de cette « alliance tacite » fut l’occupation du Liban et le partage du contrôle du pays du Cèdre entre la Syrie et Israël, à tour de rôle...

Les Syriens estiment à cet égard que « les guerres directes et indirectes menées par la Syrie contre les autres pays et peuples arabes (Palestiniens, Libanais, Jordaniens, Irakiens et même les Syriens eux-mêmes) ont fait beaucoup plus de victimes arabes que l’ensemble des guerres israéliennes depuis 1948 ! ». Ils sont convaincus que « les fronts secondaires » entretenus par Damas à Gaza et au Liban, et le terrorisme commandité par la Syrie contre Israël, depuis notamment la seconde intifada, ont justement servi à aiguiser le discours creux du régime destiné à « commercialiser sa politique de résistance » afin de justifier le maintien de l’état d’urgence en Syrie et étouffer toute velléité populaire de réforme et de démocratie.

Pour surmonter ses difficultés actuelles, Assad serait prêt à signer un accord de paix contre son maintien au pouvoir. Des sources syriennes révèlent en effet que des contacts ont été établis récemment entre le régime syrien et les Israéliens en Jordanie, par l’intermédiaire d’émissaires libanais commandités par des proches conseillers de Bachar Al-Assad. La manœuvre vise à convaincre Israël de soutenir Assad sur la scène internationale afin de prolonger son pouvoir, moyennant des promesses de paix.

Mais prudents, les responsables israéliens multiplient les déclarations prévoyant la chute d’Assad dans les mois à venir, une façon de décliner l’offre syrienne de paix. Ce qui accentue l’affolement d’Assad et de ses services, désormais aux abois. Leur échec les aurait poussés à ouvrir un nouveau front par médias interposés. Il s’agit d’une « guerre de renseignement » qui pourrait avoir des répercussions graves sur la région et au-delà.

En effet, les médias proches du Hezbollah, de la Syrie et de l’Iran, ainsi que la blogosphère tiers-mondiste, ont relayé et amplifié, ce jeudi, une information diffusée mercredi par un site internet mauritanien, mais qui n’est toujours pas confirmée de sources officielles à Nouakchott.

Selon l’agence iranienne « IRIB » et le site du Hezbollah « Al-Manar » (entre autres), « la Mauritanie a découvert, sur son territoire, un grand réseau d’espionnage israélien, impliqué dans le crash de l’avion éthiopien au Liban, et dans l’assassinat du dirigeant du Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, à Dubaï ». Selon la même version, « le réseau du Mossad fut découvert lors d’une traque de l’un de ses membres, Farès Al-Banna, un jordanien d’origine palestinienne, accusé de vol ». Les forces de sécurité ont découvert, à son domicile, « le brouillon d’une lettre écrite de sa main (avec un crayon à mine) et adressée à l’ambassade des Emirats Arabes Unis à Nouakchott, dans laquelle il reconnaît travailler pour le Mossad israélien ». A ce titre, « Al-Banna affirme avoir participé à l’assassinat de Mabhouh en février 2011 et dans l’explosion de l’avion éthiopien, au Liban en janvier 2011, à bord duquel se trouvait un membre du Hezbollah ». Il convient de noter ici que l’agence iranienne « IRIB », le site « Al-Manar » et le site « alterinfo.net » ont repris l’information du site mauritanien sans vérifier les dates. Or, le crash de l’avion et l’assassinat de Mabhouh ont eu lieu en janvier et février 2010... Ce qui prouve l’amateurisme de l’ensemble de la chaîne de désinformation. Par ailleurs, le très probable « faux agent » a aussi révélé que « le Mossad compte créer une société en Mauritanie pour planter des agents en Arabie saoudite sous prétexte d’activités liées aux pèlerinage ! ». Al-Banna ne précise pas pourquoi le Mossad a choisi le pays le plus pauvre pour faire des affaires avec le pays le plus riche !!! En définitive, ce qui convient d’appeler « les révélations d’Al-Banna » n’ont aucune valeur, puisque le présumé Al-Banna aurait été tué lors d’une rixe entre prisonniers, à Nouakchott (la version du site « Elhourrya.net » ne précise pas la date ni les circonstances de sa mort !!)

Or, il est légitime de s’interroger sur le caractère abracadabrantesque de ces révélations, non-encore confirmées :

D’abord sur les faits : les autorités libanaises ont conclu sur une erreur humaine dans le crash de l’avion. Pourquoi, deux ans après les faits, la piste israélienne est-elle relancée ?

Les informations sur la présence de responsables du Hezbollah se sont révélées erronées, puisque le député Nawwar Al Saheli (du parti de Dieu), devant emprunter ce vol, a annulé son voyage à la dernière minute. Ce qui a d’ailleurs renforcé les soupçons sur l’implication du Hezbollah dans le crash (voir à cet égard nos informations sur le sujet : Le Hezbollah serait à l’origine du crash ou encore Le Hezbollah et le chef de la Sécurité de l’aéroport de Beyrouth seraient impliqués dans le crash de l’avion éthiopien au large du Liban).

A supposer que Farès Al-Banna est réellement un agent du Mossad, comment se fait-il que ses employeurs puissent lui confier des secrets aussi embarrassants ? D’autant plus que l’agent semble peu sûr de par sa nationalité jordanienne et son origine palestinienne ?

En relançant la piste israélienne, soit à travers un double agent (Al-Banna) ou tout simplement par une opération d’intox confiée à un site mauritanien, la Syrie, l’Iran et le Hezbollah pourraient chercher un triple objectif :

1) d’une part, justifier une riposte de la part des proches des victimes du crash et/ou du Hezbollah en attribuant à Israël un acte terroriste qui a fait 90 morts. Ce faisant, Damas et Téhéran comptent allumer le front avec Israël. Le premier cherche à détourner l’attention sur la répression qu’il mène, le second cherche à poursuivre son programme nucléaire et à occulter la crise économique découlant des sanctions internationales.

2) D’autre part, semer la zizanie entre Israël et l’Ethiopie en poussant cette dernière à réclamer des indemnités à Tel-Aviv, voire à rompre ses relations étroites avec l’Etat hébreu, lequel se rapproche de plus en plus du Sud Soudan.

3) Et enfin, provoquer une crise entre Israël et la France, l’épouse de l’ambassadeur français au Liban ayant trouvé la mort dans l’avion abîmé (lire ici La France visée ?)

Rappelons que la piste israélienne avait été évoquée par les enquêteurs libanais, avant de l’écarter en l’absence d’éléments crédibles pouvant étayer ces accusations (lire ici En attendant de la découvrir, le Liban redoute la vérité du crash du Boeing d’Ethiopian Airlines)

Pour toutes ces raisons, il est de plus en plus plausible que l’affaire de Farès Al-Banna en Mauritanie soit montée de toutes pièces dans le cadre d’une « opération rocambolesque et abracadabrantesque grotesque », d’autant plus que le régime syrien et ses alliés se sont spécialisés dans le mensonge et l’intox médiatique. « Cette nouvelle mascarade est une preuve irréfutable que l’axe de la résistance se rapproche dangereusement de la faillite », affirme ce soir une source libanaise proche de l’enquête sur le crash du Boeing. Notre interlocuteur affirme à ce sujet que « les autorités libanaises n’auraient pas hésité un instant à accuser Israël si les enquêteurs disposaient de la moindre preuve sur son implication ». Est-il concevable que cette preuve soit écrite à la main par un jordano-palestinien en Mauritanie ? Une telle preuve est-elle crédible ?

Notre source est formelle : « très bientôt, à la faveur de la chute du régime de Bachar Al-Assad, tous ses secrets liés au terrorisme régional et international, aux trafics de drogues, à la torture, au blanchiment d’argent, aux prises d’otages, aux manipulations d’Al-Qaïda et autres Fatah Al-Islam... seront dévoilés. Les affaires de l’avion éthiopien et des éliminations en série en Syrie (du chef militaire du Hezbollah Imad Moghnieh, des officiers syriens impliqués dans l’assassinat de Rafic Hariri notamment) seront élucidées » conclut notre sources.

Dario S.