Par Mariam Sultan

Dans "Sous mon niqab", Zeina et Djénane Kareh Tager nous ouvrent les yeux. Puisse-t-on y voir clair !?!

Un livre-témoignage indispensable à la compréhension de la pousée salafiste en France

lundi 31 mai 2010 - 19h14, par Mariam Sultan

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Au moment où on discute encore, en France, d’une loi interdisant le port du voile intégral (une loi qui a déjà été votée en Belgique, par le Parlement, et qui attend encore le vote du Sénat), je conseille la lecture d’un livre qui ouvrira les yeux à beaucoup de nos responsables et de nos concitoyens. Et qui leur fera comprendre que l’affaire est bien plus grave qu’un simple bout de tissu.

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L’ouvrage, publié chez Plon (mai 2010, 14,90 euros), est d’un courage exceptionnel. Paradoxalement, il doit ouvrir les yeux sous la burqa et aider celles qui la portent, mais également les autres Français et Européens, à voir plus clair et à comprendre les enjeux du débat autour de cette tenue vestimentaire qui cache, au-delà des femmes, bien d’autres visées politiques et idéologiques, et qui véhicule la pensée salafiste en France et en Europe. Dans « Sous mon niqab », Zeina livre son témoignage à Djénane Kareh Tager et lui raconte « sa descente en enfer », et « celle de toute sa cité de banlieue, à partir du jour où les règles de l’islam ont changé ». Quand les cassettes coraniques ont remplacé le raï, et que les femmes voilées se sont multipliées dans les rues, épaississant chaque mois davantage le hijab qui devenait un jilbab (une grande cape noire couvrant la femme de la tête aux pieds, à l’exception du visage), puis un niqab.

Zeina est née dans la banlieue d’une grande ville de France. Elle est née française, mais dans une famille musulmane où l’on ne grandit pas comme les Français : « Nous ne sommes pas comme eux », lui répètent ses parents. Elle n’a pas le droit d’aller chez des copines, ni bien sûr d’avoir un copain : elle attend un mari, qu’elle a quand même le droit de choisir. C’est un jeune homme « bien sous tous rapports », mais qui, lorsqu’elle le rencontre, ne pratique pas sa religion. C’était avant l’arrivée, dans cette banlieue, d’un groupe salafiste, dont le livre ne dit pas le nom.

Le mari de Zeina cesse de fréquenter ses amis : il en a de nouveaux, barbus et en gandoura. Par la persuasion d’abord, par les coups ensuite, il l’oblige à se voiler. Pendant des années, elle portera le niqab. C’est son vécu, sous ce qu’elle appelle « la pieuvre noire », qu’elle raconte avec une force terrible. Elle raconte les jeunes femmes qui l’abordaient dans la rue, lui demandaient si elles devaient elles aussi franchir le pas. Zeina les encourageait, elle dit qu’elle n’avait pas le choix, mais au fond d’elle, elle avait une seule envie : leur conseiller de choisir la vie et la liberté. Les réunions des « sœurs », le dimanche, à la mosquée, font froid dans le dos. L’accueil des futures converties, dont Zeina affirme qu’elles sont nombreuses, aussi.

Zeina a eu le courage de s’enfuir. Elle s’est sauvée, mais peut-on encore sauver nos banlieues ? C’est la question que l’on se pose en refermant ce livre. Même si l’on se doute qu’il est peut-être trop tard.

Pour rappel, cliquez ici pour lire Enquête au sein de la presse islamique : Le foulard, premier acte d’une conquête politique de l’Occident (2006)

Mariam Sultan

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