Une émotion très sélective : les militants pro-palestiniens de la "flottille de la paix", en route pour Gaza, étaient pourtant prêts au martyre

Israël attaque les navires humanitaires, au prix d’une vingtaine de morts dont un député turc, et les déroute vers Ashdod.

lundi 31 mai 2010 - 11h27, par Mediarabe.info

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Ce matin, l’armée israélienne a donné l’assaut contre les navires affrétés par plusieurs organisations pro-palestiniennes transportant des militants européens et arabes ainsi que des vivres pour Gaza. La marine israélienne est en train de dérouter la flottille vers les ports d’Ashdod et de Haïfa.

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L’attaque contre les navires humanitaires a fait, selon les sources, entre 10 et 16 morts, et plusieurs blessés, tous dans un état grave. Selon l’armée israélienne, qui affirme avoir essuyé des tirs en provenance des navires arraisonnés, dans les eaux internationales, l’opération a fait 19 morts et 26 blessés parmi les humanitaires. Le chef d’état-major de l’armée israélienne affirme à l’instant que plusieurs soldats israéliens ont été blessés par les tirs en provenance des navires. Selon la télévision « Al Arabiya », les activistes pro-palestiniens se sont en effet défendus avec des bâtons et des couteaux, avant que l’un d’eux ne s’empare d’une arme appartenant vraisemblablement à un militaire israélien, et a tiré sur les soldats. Ce qui a provoqué une confusion et conduit à la réaction violente de la marine israélienne. Selon Ankara, 15 personnes ont été tuées, en majorité des Turcs, parmi lesquelles figure un député.

Le chef islamiste des Arabes israéliens, Raëd Salah, a lui aussi été gravement touché. Son état serait inquiétant, en dépit de l’opération chirurgicale délicate qu’il a déjà subie, affirment ses proches. Les blessures de Raëd Salah, une personnalité emblématique, semblent pour le moment constituer le principal moteur des manifestations qui ont éclaté dans certaines villes israéliennes, comme notamment à Haïfa, où les Arabes israéliens (de 1948) se sont rassemblés pour protester contre le « massacre en haute mer ».

L’opération israélienne a suscité de nombreuses réactions. La Turquie a protesté et a convoqué l’ambassadeur de Tel-Aviv. La Grèce a annulé des manœuvres aériennes conjointes avec Tsahal. L’Union européenne a demandé une enquête complète. Les diplomaties française, norvégienne et espagnole ont vivement dénoncé la violence de l’armée israélienne commise sur des militants humanitaires. L’Allemagne s’est indignée, et la Syrie demande une réunion urgente des ministres arabes des Affaires étrangères. L’Autorité palestinienne a décrété un deuil national de trois jours et demandé une réunion urgente du Conseil de sécurité de l’ONU. La même demande vient d’être formulée par la Turquie.

Notons que cette opération était prévisible. Israël avait mis en garde contre la violation du blocus et prévenu que son armée allait intercepter le convoi et le dérouter. Les menaces israéliennes avaient été prises au sérieux, notamment par les militants algériens qui faisaient partie de l’expédition. Le quotidien algérien « El-Khabar » affirme en effet, dans son édition de ce 31 mai (bouclée et mise en ligne avant l’opération), que « les militants algériens pro-palestiniens étaient prêts au martyre », et qu’« ils étaient décidés à rejoindre Gaza en dépit des risques ». Le quotidien publie également les propos de Raëd Salah, prononcé lors du prêche du vendredi, affirmant que « cette flottille était la première expédition pour briser le blocus sur Gaza, et que son succès allait permettre la multiplication des tentatives ». C’est sans doute pour empêcher les pro-palestiniens de récidiver qu’Israël s’est montré intransigeant avec la « flottille de la paix ».

L’émotion de la communauté internationale est cependant sélective et particulièrement décevante à cet égard. Il est en effet légitime de se souvenir du blocus syrien imposé aux régions libanaises libres, à la fin des années 1980. Pendant neuf mois, la Syrie a bombardé les navires commerciaux mais également les paquebots qui assuraient le ravitaillement et le transport des Chrétiens encerclés par l’armée syrienne, entre les côtes libanaises et Chypre. Plusieurs bâtiments avaient été touchés par les bombes syriennes, et plusieurs passagers y ont trouvé la mort sans susciter la moindre réaction de la communauté internationale. Certes, les crimes des uns ne doivent pas justifier ceux des autres. Mais les crimes sont particulièrement plus douloureux quand ils sont commis en toute impunité par des « frères » que par des ennemis.

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