Analyse de Khaled Asmar - Beyrouth

Un état d’exception qui ne dit pas son nom ? Le roi de Jordanie dissout le Parlement et soutient l’Arabie saoudite contre l’Iran

Des forces spéciales jordaniennes épauleraient l’armée saoudienne à la frontière avec le Yémen

mercredi 25 novembre 2009 - 18h36, par Khaled Asmar - Beyrouth

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Le roi Abdallah II de Jordanie était le premier responsable arabe à avoir mis en garde, solennellement, contre le "croissant chiite" que Téhéran s’employait à étendre depuis l’Iran jusqu’à Gaza, en passant par le Liban, la Syrie et l’Irak. Aujourd’hui, la Révolution chiite iranienne passe à la vitesse supérieure et cherche à installer la guerre au cœur du monde sunnite, avec la rébellion Al-Houthi au Yémen et ses retombées dans la Péninsule arabique. La Jordanie s’y serait engagée militairement.

Un diplomate arabe en poste à Beyrouth nous a fait part de son pessimisme quant à l’évolution de la situation au Yémen, et par extension au cœur de la Péninsule arabique et en Arabie saoudite plus particulièrement. Il regrette que « les mises en gardes lancées depuis plusieurs années par le roi Abdallah II de Jordanie, puis par le président égyptien Hosni Moubarak, soient restées vaines ». Le premier avait en effet mis en garde, en 2004, contre le croissant chiite voulu par Téhéran ; le second avait douté, en 2006, de la loyauté des Chiites arabes à leur pays, les accusant d’être à la solde de l’Iran et de Wilayat e-Faguih.

Notre interlocuteur ajoute que « le monde découvre aujourd’hui la justesse des positions du Caire et d’Amman et assiste impuissant à la montée de l’influence iranienne dans la région ». Selon le diplomate, « cette impuissance est due à plusieurs facteurs, dont essentiellement l’impunité dont a joui l’Iran et l’absence de réactions internationales, en temps utile, face aux ingérences iraniennes régionales. La communauté internationale a laissé faire Téhéran, pourtant accusé d’exploiter Al-Qaïda contre le pouvoir saoudien et d’héberger des dizaines de ses dirigeants ; de rearmer les Taliban en Afghanistan ; de renforcer les milices chiites en Irak ; de contrôler le Hezbollah au Liban ; et d’utiliser les palestiniens du Hamas comme chair à canon, à Gaza... ». Aujourd’hui, ajoute-t-il, « ce sont les zaïdites yéménites qui sont littéralement sacrifiés pour déstabiliser le Yémen et contrôler l’entrée sud de la Mer Rouge afin de prendre en étau l’Arabie saoudite et achever l’encerclement du monde sunnite. Une véritable guerre préventive menée par Téhéran et ses alliés ».

C’est dans ce contexte que le souverain hachémite, Abdallah II, vient de dissoudre le Parlement, en vue d’organiser des élections législatives anticipées, en 2010. Or, au même moment, nous apprenons que « la Jordanie aurait dépêché quelque 2.000 soldats des forces spéciales en Arabie pour épauler l’armée saoudienne dans sa guerre contre les rebelles yéménites d’Al-Houthi qui harcèlent le royaume ». L’engagement militaire jordanien semble indispensable pour la protection de l’Arabie. Car, en dépit de son équipement moderne et sophistiqué, payé au prix fort, l’armée saoudienne n’a jamais combattu depuis plus d’un demi-siècle. Sa participation à la libération du Koweït, en 1991, n’était que symbolique. Les Saoudiens, habitués au confort, ne s’engagent pas dans l’armée ou la Garde nationale. Cette situation avait obligé Riyad à « louer », par le passé, des pilotes de chasse au Pakistan, au Maroc et à la Jordanie...

Or, la dynastie hachémite semble redouter la réaction hostile de son opposition islamiste, menée par les Frères musulmans, très proches du Hamas et sensibles aux arguments iraniens. Le guide des Frères égyptiens, Mohammed Mehdi Akef, qui, en 2008, avait coordonné avec le Hamas palestinien la déstabilisation de l’Egypte, a récidivé en rendant récemment un inestimable service à l’Iran. Il a invité l’Arabie saoudite à « cesser la guerre contre les Houthi et à négocier avec les rebelles chiites pour épargner le sang musulman ! ». Pour éviter un débat parlementaire synonyme de dérapage politique, le roi Abdallah II de jordanie aurait ainsi préféré dissoudre le Parlement, une façon déguisée de suspendre momentanément la vie démocratique et décréter de facto l’état d’exception.

En tout état de cause, il convient de noter l’absence de manifestations dans les pays arabes, et en Occident, contre l’usage par les Saoudiens de munitions au phosphore semblables à celles qui avaient été déversées sur Gaza, en décembre 2008 et janvier 2009. Pour notre interlocuteur, « le monde semble avoir pris conscience que le Hamas et les Houthi avaient conduit les Palestiniens de Gaza et les Yéménites de Saada vers une véritable boucherie au service de Téhéran, comme l’avait fait le Hezbollah au Liban en 2006 ». La supercherie n’émeut plus l’opinion publique arabe.

Lire aussi :

Comment le blocus de Gaza a-t-il menacé l’Arabie et l’Egypte (22 décembre 2008)

Comment éviter une défaite militaire occidentale en Afghanistan, en Irak, et dans toute la région ? (22 septembre 2009)

Khaled Asmar

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