Généralement, quand l’un des conjoints est rongé par le mal et s’enfonce dans la crise, et l’autre est courtisé de toutes parts, le divorce devient inéluctable. Une telle issue fragilise les enfants et peut leur être fatale.
Iran : un malade incurable
Cette situation est d’autant plus vraie que le régime iranien plonge de plus en plus dans la crise interne et peine à régler ses contentieux régionaux et internationaux. Bien au contraire, il tente d’exporter sa crise vers le Yémen et le Golfe plus généralement, au risque de se retrouver victime de l’incendie qu’il a lui-même allumé. En effet, le conflit qu’il alimente aux frontières entre l’Arabie saoudite et le Yémen, par la rébellion chiite de Abdelmalek Al-Houthi, ne tardera pas à lui être retourné. La presse saoudienne appelle le régime de Riyad à « soutenir sans tarder les minorités ethniques (les Azéris, les Kurdes, les Baloutches, les Arabes ou les Ahwazis) et religieuses iraniennes contre le régime des mollahs ». L’avertissement lancés par les Saoudiens, rappelant aux Iraniens que « celui dont la maison est en verre ne lance pas des pierres chez ses voisins », est significatif à cet égard.
Aussi, l’entêtement du régime iranien à défier la communauté internationale et à tergiverser dans le conflit nucléaire, pour gagner du temps, menace de dégénérer, avec le risque d’un renforcement des sanctions internationales à défaut ou en attendant le conflit armé. Dans tous les cas de figure, l’Iran se retrouve aujourd’hui sur une planche savonnée. L’affaiblissement économique et financier de l’Iran est d’ores et déjà entamé.
La Syrie, habituée aux infidélités
Dans ces conditions, la Syrie commence à prendre ses distances avec l’Iran menacé, et se retrouve aujourd’hui sollicitée de toutes parts : la France et l’Union européenne, l’Arabie saoudite, et à moindre degré les Etats-Unis s’ouvrent sur Damas. La tentation est grande de franchir le pas et de demander le divorce, l’Iran affaibli ne pouvant plus verser les généreuses pensions qui ont permis à l’économie syrienne de survivre à la perte du Liban, jadis poumon économique de la Syrie pendant les années d’occupation, et à l’isolement de Damas. Celui-ci doit chercher d’autres ressources, en Occident et auprès des riches monarchies du Golfe. Ce qui irrite particulièrement l’Iran.
L’autre reproche iranien à Damas porte sur le soutien, du moins moral, apporté par les Syriens à l’Arabie saoudite dans sa guerre contre les insurgés chiites au Yémen, ainsi que celui apporté au pouvoir de Sanaa contre l’ingérence iranienne. Or, la Syrie qui venait de renouer avec Riyad à la faveur de la visite du Roi Abdallah à Damas, est contrainte d’admettre la légitime défense saoudienne, et de désavouer de facto l’Iran.
La perte du Hezbollah
Le « mariage de raison » entre Damas et Téhéran avait enfanté le Hezbollah au Liban, en 1982. Ce parti a toujours bénéficié de la bienveillance de ses parents et de leur générosité pour combattre Israël et servir leurs intérêts communs. Mais aujourd’hui, ces intérêts divergent de plus en plus, et les parents s’acheminent vers un divorce conflictuel. Tiraillé entre les deux, le Hezbollah peut faire les frais de la séparation. Or, le désarmement du Hezbollah est une condition sine qua non à la paix. Le Parti craint d’être sacrifié par la Syrie sur l’autel des négociations, le jour où celles-ci reprendront. Ainsi, à terme, l’affaiblissement du Hezbollah est inévitable. Car, privé de la courroie syrienne et des aides financières et militaires iraniennes, le Mouvement aura du mal à entretenir sa popularité qui a bénéficié, jusque-là, de toutes sortes d’allocations et de financements. Et ce, après la perte de plusieurs centaines de millions de dollars, volatilisés récemment dans l’affaire Salah Ezzeddine, qui n’a pas livré tous ses secrets.
La dispute des parents peut également s’appuyer sur les différents courants qui transcendent le Hezbollah : une aile majoritaire, très radicale et idéologisée, est toujours inféodée à l’Iran et au concept de Wilayat e-Faguih ; et un courant, moins extrémiste, est infiltré par la Syrie durant l’occupation. Entre ces deux composantes navigue le courant de l’ancien secrétaire général du parti et son co-fondateur Sobhi Toufaïla, fort de plusieurs centaines d’hommes. Le divorce prévisible entre Téhéran et Damas tracera sans doute de nouvelles lignes de démarcation au sein du parti.
Des armes iraniennes pour déstabiliser la Syrie ?
C’est dans ce contexte qu’Israël a arraisonné le cargo « Francop », le 03 novembre dernier, au large de Chypre, et l’a détourné vers le port d’Ashdod, dans le sud du pays, où des centaines de tonnes d’armes et de munitions d’origine iranienne, destinées vraisemblablement à une guérilla urbaine de part la nature de la cargaison, ont été saisies. Selon les documents du bateau, celui-ci devait débarquer la marchandise dans le port syrien de Lattaquié après son passage à Limassol et à Beyrouth. Mais depuis trois semaines, la restitution de la trentaine de conteneurs immobilisés en Israël n’a pas été réclamée par leurs propriétaires, ce qui sème le doute sur l’identité de l’expéditeur et du destinataire des armes.
Plusieurs hypothèses sont évoquées par les services de renseignements arabes, soucieux de connaitre la destination de ces armes.
La plus probable et la plus plausible, mais aussi la plus inquiétante des hypothèses est développée par l’hebdomadaire « Al Moharrer » de la semaine écoulée, selon lequel le cargo devait décharger les conteneurs dans le port de Lattaquié. Téhéran redoute que Damas ne lui tourne le dos. Des sources arabes affirment à cet égard que l’Iran a déjà réussi à infiltrer l’armée syrienne à la faveur de formations offertes aux officiers dans les bases des Gardiens de la Révolution. L’Iran a également infiltré la société syrienne par le biais de conversions au chiisme, généreusement rétribuées. De ce fait, des services de renseignements arabes n’écartent pas une tentative de Téhéran de déstabiliser la Syrie pour l’empêcher de rompre son alliance.
Ce qui pourrait conforter cette hypothèse est le fait que, généralement, l’Iran livre ses armes au Hezbollah et à la Syrie par des bateaux de lignes qu’Israël ne peut arraisonner sans provoquer une crise régionale, soit par avion directement à Damas, soit encore par voie terrestre, à travers la Turquie. Or, le recours à un moyen « clandestin », comme les soutes du Francop, semble cette fois-ci attester que la destination des armes n’était pas le régime syrien, mais plutôt des groupes syriens proches de l’Iran. De même, si la cargaison était destinée au Hezbollah, sans passer par la Syrie, cela signifie la perte totale de confiance de Téhéran envers Damas. Ceci est d’autant plus vrai que les Iraniens accusent les Syriens d’avoir éliminé Imad Maghnieh, le chef militaire du Hezbollah, ou de ne pas l’avoir protégé.
L’autre hypothèse s’appuie sur le démenti du Hezbollah de tout lien avec cette cargaison. Elle pose alors la question de savoir si ces armes n’ont pas été adressées par l’Egypte, où le bateau a fait une escale à Damiette, à des miliciens libanais hostiles au Hezbollah, en riposte aux tentatives de déstabilisation menées ces derniers mois par le parti chiite en Egypte ? Dans ce cas, le Hezbollah peut craindre d’être sérieusement visé.
En attendant de connaitre les vrais destinataires de cette cargaison, la Syrie semble avoir reçu le message iranien, et a réagi sans tarder, comme le prouve le voyage précipité de son ministre des Affaires étrangères, Walid al-Moallem, à Téhéran le 04 novembre. Il a remis un message du président syrien Bachar al-Assad à Mahmoud Ahmadinedjad dans lequel il a renouvelé son soutien au programme nucléaire iranien et a dénoncé les manœuvres américaines et occidentales hostiles à l’Iran. De son côté, le président iranien a rappelé aux Syriens la solidité de leur alliance, fondée sur la défense des intérêts communs et celle des droits de la nation islamique. Une sorte de réconciliation forcée et provisoire au sein du couple.
Chawki Freïha
© Nos informations, analyses et articles sont à la disposition des lecteurs. Pour toute utilisation, merci de toujours mentionner la source « MediArabe.info »